«Je vais essayer d'ouvrir la portière, dit la bonne; mais n'approchez pas, mes petites: si les chevaux se relevaient, ils pourraient vous tuer.»
Elle ouvre, et voit la dame et l'enfant sans mouvement et couvertes de sang.
«Ah! mon Dieu! la pauvre dame et la petite fille sont mortes ou grièvement blessées.»
Camille et Madeleine pleuraient. Élisa, espérant encore que la mère et l'enfant n'étaient qu'évanouies, essaya de détacher la petite fille des bras de sa mère, qui la tenait fortement serrée contre sa poitrine; après quelques efforts, elle parvient à dégager l'enfant, qu'elle retire pâle et sanglante. Ne voulant pas la poser sur la terre humide, elle demande aux deux soeurs si elles auront la force et le courage d'emporter la pauvre petite jusqu'au banc qui est de l'autre côté de la barrière.
«Oh! oui, ma bonne, dit Camille; donnez-la-nous, nous pourrons la porter, nous la porterons. Pauvre petite, elle est couverte de sang; mais elle n'est pas morte, j'en suis sûre. Oh non! non, elle ne l'est pas. Donnez, donnez, ma bonne. Madeleine, aide-moi.
—Je ne peux pas, Camille, répondit Madeleine d'une voix faible et tremblante. Ce sang, cette pauvre mère morte, cette pauvre petite morte aussi, je crois, m'ôtent la force nécessaire pour t'aider. Je ne puis… que pleurer.
—Je l'emporterai donc seule, dit Camille. J'en aurai la force, car il le faut, le bon Dieu m'aidera.»
En disant ces mots elle relève la petite, la prend dans ses bras, et malgré ce poids trop lourd pour ses forces et son âge, elle cherche à gravir le fossé; mais son pied glisse, ses bras vont laisser échapper son fardeau, lorsque Madeleine, surmontant sa frayeur et sa répugnance, s'élance au secours de sa soeur et l'aide à porter l'enfant; elles arrivent au haut du fossé, traversent la route, et vont tomber épuisées sur le banc que leur avait indiqué Élisa.
Camille étend la petite fille sur ses genoux; Madeleine apporte de l'eau qu'elle a été chercher dans un fossé; Camille lave et essuie avec son mouchoir le sang qui inonde le visage de l'enfant, et ne peut retenir un cri de joie lorsqu'elle voit que la pauvre petite n'a pas de blessure.
«Madeleine, ma bonne, venez vite; la petite fille n'est pas blessée… elle vit! elle vit… elle vient de pousser un soupir… Oui, elle respire, elle ouvre les yeux.»