Madeleine accourt; l'enfant venait en effet de reprendre connaissance. Elle regarde autour d'elle d'un air effrayé.

«Maman! dit-elle, maman! je veux voir maman!

—Ta maman va venir, ma bonne petite, répond Camille en l'embrassant. Ne pleure pas; reste avec moi et avec ma soeur Madeleine.

—Non, non, je veux voir maman; ces méchants chevaux ont emporté maman.

—Les méchants chevaux sont tombés dans un grand trou; ils n'ont pas emporté ta maman, je t'assure. Tiens, vois-tu? Voilà ma bonne Élisa; elle apporte ta maman qui dort.»

La bonne, aidée de deux hommes qui passaient sur la route, avait retiré de la voiture la mère de la petite fille. Elle ne donnait aucun signe de vie; elle avait à la tête une large blessure; son visage, son cou, ses bras étaient inondés de sang. Pourtant son coeur battait encore; elle n'était pas morte.

La bonne envoya l'un des hommes qui l'avaient aidée avertir bien vite Mme de Fleurville d'envoyer du monde pour transporter au château la dame et l'enfant, relever le postillon, qui restait étendu sur la route, et dételer les chevaux qui continuaient à se débattre et à ruer contre la voiture.

L'homme part. Un quart d'heure après, Mme de Fleurville arrive elle-même avec plusieurs domestiques et une voiture, dans laquelle on dépose la dame. On secourt le postillon, on relève la voiture versée dans le fossé.

La petite fille, pendant ce temps, s'était entièrement remise: elle n'avait aucune blessure; son évanouissement n'avait été causé que par la peur et la secousse de la chute.

De crainte qu'elle ne s'effrayât à la vue du sang qui coulait toujours de la blessure de sa mère, Camille et Madeleine demandèrent à leur maman de la ramener à pied avec elles. La petite, habituée déjà aux deux soeurs, qui la comblaient de caresses, croyant sa mère endormie, consentit avec plaisir à faire la course à pied.