MADELEINE.—Si tu la laisses traîner, elle sera sale et chiffonnée.
MARGUERITE.—Mais je ne la laisserai pas traîner, puisque je la porterai dans mes bras.
CAMILLE.—C'est bon, c'est bon; laissons-la faire, Madeleine; elle verra bien tout à l'heure qu'une poupée gêne pour courir.
Marguerite s'entêta à garder sa poupée, et toutes trois rejoignirent bientôt Mme de Fleurville.
«Où allons-nous, maman? dit Camille.
—Au moulin de la forêt, mes enfants.» Marguerite fit une petite grimace, parce que le moulin était au bout d'une longue avenue et que la poupée était un peu lourde pour ses petits bras. Arrivée à la moitié du chemin, Mme de Fleurville, qui craignait que les enfants ne fussent fatiguées, s'assit au pied d'un gros arbre, et leur dit de se reposer pendant qu'elle lirait; elle tira un livre de sa poche; Marguerite s'assit près d'elle, mais Camille et Madeleine, qui n'étaient pas fatiguées, couraient à droite, à gauche, cueillant des fleurs et des fraises. «Camille, Camille, s'écria Madeleine, viens vite; voici une grande place pleine de fraises.»
Camille accourut et appela Marguerite.
«Marguerite, Marguerite, viens aussi cueillir des fraises: elles sont mûres et excellentes.» Marguerite se dépêcha de rejoindre ses amies, qui déposaient leurs fraises dans de grandes feuilles de châtaignier. Elle se mit aussi à en cueillir; mais, gênée par sa poupée, elle ne pouvait à la fois les ramasser et les tenir dans sa main, où elles s'écrasaient à mesure qu'elle les cueillait. «Que faire, mon Dieu! de cette ennuyeuse poupée? se dit-elle tout bas; elle me gêne pour courir, pour cueillir et garder mes fraises. Si je la posais au pied de ce gros chêne?… il y a de la mousse; elle sera très bien.»
Elle assit la poupée au pied de l'arbre, sauta de joie d'en être débarrassée, et cueillit des fraises avec ardeur.
Au bout d'un quart d'heure, Mme de Fleurville leva les yeux, regarda le ciel qui se couvrait de nuages, mit son livre dans sa poche, se leva et appela les enfants.