«Vite, vite, mes petites, retournons à la maison: voilà un orage qui s'approche; tâchons de rentrer avant que la pluie commence.»

Les trois petites accoururent avec leurs fraises et en offrirent à
Mme de Fleurville.

MADAME DE FLEURVILLE.—Nous n'avons pas le temps de nous régaler de fraises, mes enfants; emportez-les avec vous. Voyez comme le ciel devient noir; on entend déjà le tonnerre.

MARGUERITE.—Ah! mon Dieu! j'ai peur.

MADAME DE FLEURVILLE.—De quoi as-tu peur, Marguerite?

MARGUERITE.—Du tonnerre. J'ai peur qu'il ne tombe sur moi.

MADAME DE FLEURVILLE.—D'abord, quand le tonnerre tombe, c'est généralement sur les arbres ou sur les cheminées, qui sont plus élevés et présentent une pointe aux nuages; ensuite le tonnerre ne te ferait aucun mal quand même il tomberait sur toi, parce que tu as un fichu de soie et des rubans de soie à ton chapeau.

MARGUERITE.—Comment? la soie chasse le tonnerre?

MADAME DE FLEURVILLE.—Oui, le tonnerre ne touche jamais aux personnes qui ont sur elles quelque objet en soie. L'été dernier, un de mes amis qui demeure à Paris, rue de Varenne, revenait chez lui par un orage épouvantable; le tonnerre est tombé sur lui, a fondu sa montre, sa chaîne, les boucles de son gilet, les clefs qui étaient dans sa poche, les boutons d'or de son habit, sans lui faire aucun mal, sans même l'étourdir, parce qu'il avait une ceinture de soie qu'il porte pour se préserver de l'humidité.

MARGUERITE.—Ah! que je suis contente de savoir cela! je n'aurai plus peur du tonnerre.