—Ma… poupée… Ma belle… poupée est restée… dans… la forêt… au pied… d'un arbre… Ma poupée, ma pauvre poupée!»
Et Marguerite recommença à sangloter de plus belle. «Ta poupée neuve dans la forêt! s'écria Mme de Rosbourg. Comment peut-elle être dans la forêt?
—Je l'ai emportée à la promenade et je l'ai assise sous un gros chêne, parce qu'elle me gênait pour cueillir des fraises; quand nous nous sommes sauvées à cause de l'orage, j'ai eu peur du tonnerre et je l'ai oubliée sous l'arbre.
—Peut-être le chêne l'aura-t-il préservée de la pluie. Mais pourquoi l'as-tu emportée? Je t'ai toujours dit de ne pas emporter de poupée quand on va faire une promenade un peu longue.
—Camille et Madeleine m'ont conseillé de la laisser, mais je n'ai pas voulu.
—Voilà, ma chère Marguerite, comment le bon Dieu punit l'entêtement et la déraison; Il a permis que tu oubliasses ta pauvre poupée et tu auras jusqu'à demain l'inquiétude de la savoir peut-être trempée et gâtée, peut-être déchirée par les bêtes qui habitent la forêt, peut-être volée par quelque passant.
—Je vous en prie, ma chère maman, dit Marguerite en joignant les mains, envoyez le domestique chercher ma poupée dans la forêt; je lui expliquerai si bien où elle est qu'il la trouvera tout de suite.
—Comment! tu veux qu'un pauvre domestique s'en aille par une pluie battante dans une forêt noire, au risque de se rendre malade ou d'être attaqué par un loup? Je ne reconnais pas là ton bon coeur.
—Mais ma poupée, ma pauvre poupée, que va-t-elle devenir? Mon
Dieu, mon Dieu! elle sera trempée, salie, perdue!
—Chère enfant, je suis très peinée de ce qui t'arrive, quoique ce soit par ta faute; mais maintenant nous ne pouvons qu'attendre avec patience jusqu'à demain matin. Si le temps le permet, nous irons chercher ta malheureuse poupée.»