MÈRE LÉONARD.—Ah! quand elle voit ces dames, ça lui fait toujours quelque chose; elle s'émotionne de la joie qu'elle a.

MADAME DE FLEURVILLE.—Je voudrais bien lui parler pourtant; si elle est sage et bonne fille, je lui ai apporté un joli fichu de soie et un beau tablier pour les dimanches.

La mère Léonard s'agite, appelle sa fille, court de la maison au moulin et ramène, en la traînant par le bras, Jeannette qui s'était cachée et qui se débat vivement.

MÈRE LÉONARD.—Vas-tu pas finir, méchante, malapprise?

JEANNETTE, _criant.—_Je veux m'en aller; lâchez-moi; j'ai peur.

MÈRE LÉONARD.—De quoi que t'as peur, sans coeur? Ces dames vont-elles pas te manger?

Jeannette cesse de se débattre; la mère Léonard lui lâche le bras; Jeannette se sauve et s'enfuit dans sa chambre. La mère Léonard est furieuse, elle craint que le fichu et le tablier ne lui échappent; elle appelle Jeannette:

«Méchante enfant, s'écrie-t-elle, petite drôlesse, je te vas quérir et je te vas cingler les reins; tu vas voir.»

Mme de Fleurville l'arrête et lui dit:

«N'y allez pas, mère Léonard; laissez-moi lui parler: je la trouverai, allez, je connais bien la maison.»