Et Mme de Fleurville entra chez Jeannette, suivie de la mère
Léonard. Elles la trouvèrent cachée derrière une chaise.
Mme de Fleurville, sans mot dire, la tira de sa cachette, s'assit
sur la chaise, et, lui tenant les deux mains, lui dit:

«Pourquoi te caches-tu, Jeannette? Les autres fois, tu accourais au-devant de moi quand je venais au moulin.»

Pas de réponse; Jeannette reste la tête baissée.

«Jeannette, où as-tu trouvé la belle poupée qu'on a vue chez toi l'autre jour?»

JEANNETTE, _avec vivacité.—_Suzanne est une menteuse; elle n'a point vu de poupée; je ne lui ai rien dit; je n'ai parlé de rien, c'est des menteries qu'elle vous a faites.

MADAME DE FLEURVILLE.—Comment sais-tu que c'est Suzanne qui me l'a dit?

JEANNETTE, _très vivement.—_Parce qu'elle me fait toujours de méchantes choses; elle vous a conté des sottises.

MADAME DE FLEURVILLE.—Mais, encore une fois, pourquoi accuses-tu
Suzanne, puisque je ne te l'ai pas nommée?

JEANNETTE.—Faut pas croire Suzanne ni les autres; je n'ai point dit qu'on m'avait donné la poupée; je n'en ai point, de poupée; c'est tout des menteries.

MADAME DE FLEURVILLE.—Plus tu parles et plus je vois que c'est toi qui mens; tu as peur que je ne te reprenne la poupée que tu as trouvée dans le bois le jour de l'orage.