JEANNETTE.—Je n'ai peur de rien; je n'ai rien trouvé sous le chêne, et je n'ai point la poupée de Mlle Marguerite.
MADAME DE FLEURVILLE.—Comment sais-tu que c'est de la poupée de
Mlle Marguerite que je te parle et qu'elle était sous le chêne?
Jeannette, voyant qu'elle se trahissait de plus en plus, se mit à crier et à se débattre. Mme de Fleurville la laissa aller et commença la recherche de la poupée; elle ouvrit l'armoire et le coffre, mais n'y trouva rien; enfin, voyant que Jeannette s'était réfugiée près du lit, comme pour empêcher qu'on ne cherchât de ce côté, elle se baissa et aperçut la poupée sous le lit, tout au fond; elle se retourna vers la mère Léonard et lui ordonna d'un air sévère de retirer la poupée. La mère Léonard obéit en tremblant et remit la poupée à Mme de Fleurville.
«Saviez-vous, dit Mme de Fleurville, que votre fille avait cette poupée?
—Pour ça non, ma bonne chère dame, répondit la mère Léonard; si j'avais su, je la lui aurais fait reporter au château, car elle sait bien que cette poupée est à Mlle Marguerite; nous l'avions trouvée bien jolie, la dernière fois que Mlle Marguerite l'a apportée. _(Se retournant vers Jeannette). _Ah! mauvaise créature, vilaine petite voleuse, tu vas voir comme je te corrigerai. Je t'apprendrai à faire des voleries et puis des menteries encore, que j'en suis toute tremblante. Je voyais bien que tu mentais à Madame, dès que tu as ouvert ta bouche pleine de menteries. Tu vas avoir le fouet tout à l'heure: tu ne perdras rien pour attendre.»
Jeannette pleurait, criait, suppliait, protestait qu'elle ne le ferait plus jamais. La mère Léonard, loin de se laisser attendrir, la repoussait de temps en temps avec un soufflet ou un bon coup de poing. Mme de Fleurville, craignant que la correction ne fût trop forte, chercha à calmer la mère Léonard, et réussit à lui faire promettre qu'elle ne fouetterait pas Jeannette et qu'elle se contenterait de l'enfermer dans sa chambre pour le reste de la journée. Les enfants étaient consternées de cette scène; les mensonges répétés de Jeannette, sa confusion devant la poupée retrouvée, la colère et les menaces de la mère Léonard les avaient fait trembler. Mme de Fleurville remit à Marguerite sa poupée sans mot dire, dit adieu à la mère Léonard, et sortit avec Mme de Rosbourg, suivie des trois enfants. Elles marchaient depuis quelques instants en silence, lorsqu'un cri perçant les fit toutes s'arrêter; il fut suivi d'autres cris plus perçants, plus aigus encore, c'était Jeannette qui recevait le fouet de la mère Léonard. Elle la fouetta longtemps: car, à une grande distance, les enfants, qui s'étaient remises en marche, entendaient encore les hurlements, les supplications de la petite voleuse. Cette fin tragique de l'histoire de la poupée perdue les laissa pour toute la journée sous l'impression d'une grande tristesse, d'une vraie terreur.
XII. Visite chez Sophie.
«Mais chairs amie, veuné dinné chés moi demin; mamman demand ça à votr mamman; nous dinron a sainq eure pour joué avan é allé promené aprais. Je pari que j'ai fé de fôtes; ne vous moké pas de moi, je vous pri!
» Sofie, votre ami.»
Camille reçut ce billet quelques jours après l'histoire de la poupée; elle ne put s'empêcher de rire en voyant ces énormes fautes d'orthographe; comme elle était très bonne, elle ne les montra pas à Madeleine et à Marguerite; elle alla chez sa maman.