«Sophie, Sophie! criait en ce moment la voix furieuse de
Mme Fichini. Venez ici, mademoiselle, tout de suite.»
Sophie, pâle et tremblante, se dépêcha d'entrer au salon où était Mme Fichini. Camille, Madeleine et Marguerite avaient peur pour la pauvre Sophie; elles restèrent dans le petit salon, tremblant aussi et écoutant de toutes leurs oreilles.
MADAME FICHINI, _avec colère.—_Approchez, petite voleuse; pourquoi avez-vous bu le vin?
SOPHIE, _tremblante.—_Quel vin, maman? Je n'ai pas bu de vin.
MADAME FICHINI, _la poussant rudement.—_Quel vin, menteuse?
Celui du carafon qui est dans mon cabinet de toilette.
SOPHIE, _pleurant.—_Je vous assure, maman, que je n'ai pas bu votre vin, que je ne suis pas entrée dans votre cabinet.
MADAME FICHINI.—Ah! vous n'êtes pas entrée dans mon cabinet! et vous n'êtes pas entrée par la fenêtre! et qu'est-ce donc que ces marques que vos pieds ont laissées sur le sable, devant la fenêtre du cabinet?
SOPHIE.—Je vous assure, maman…
Mme Fichini ne lui permit pas d'achever: elle se précipita sur elle, la saisit par l'oreille, l'entraîna dans la chambre à côté, et malgré les protestations et les pleurs de Sophie elle se mit à la fouetter, à la battre jusqu'à ce que ses bras fussent fatigués. Mme Fichini sortit du cabinet toute rouge de colère. La malheureuse Sophie la suivait en sanglotant; au moment où elle s'apprêtait à quitter le salon pour aller retrouver ses amies, Mme Fichini se retourna vers elle et lui donna un dernier soufflet, qui la fit trébucher; après quoi, essoufflée, furieuse, elle revint s'asseoir sur le canapé. L'indignation empêchait ces dames de parler; elles craignaient, si elles laissaient voir ce qu'elles éprouvaient, que l'irritation de cette méchante femme ne s'en accrût encore, et qu'elle ne renonçât à l'idée de laisser Sophie à Fleurville pendant le voyage qu'elle devait bientôt commencer. Toutes trois gardaient le silence; Mme Fichini s'éventait. Mmes de Fleurville et de Rosbourg travaillaient à leur tapisserie sans mot dire.
MADAME FICHINI.—Ce qui vient de se passer, mesdames, me donne plus que jamais le désir de me séparer de Sophie; je crains seulement que vous ne vouliez pas recevoir chez vous une fille si méchante et si insupportable.