Cependant Sophie allait rejoindre ses amies, pâles d'effroi et d'inquiétude; elles avaient tout entendu; elles croyaient que Sophie, tourmentée par la soif, avait réellement bu le vin du cabinet de toilette, et qu'elle n'avait pas osé l'avouer, dans la crainte d'être battue.

«Ma pauvre Sophie, dit Camille en serrant la main de Sophie qui pleurait, que je te plains! comme je suis peinée que tu n'aies pas avoué à ta belle-mère que tu avais bu ce vin parce que tu mourais de soif! Elle ne t'aurait pas fouettée plus fort: c'eût été le contraire peut-être.

—Je n'ai pas bu ce vin, répondit Sophie en sanglotant; je t'assure que je ne l'ai pas bu.

—Mais qu'est-ce donc que ces pas sur le sable dont parlait ta belle-mère? Ce n'est pas toi qui as sauté par la fenêtre? demanda Madeleine.

—Non, non, ce n'est pas moi; je ne mentirais pas avec toi, et je t'assure que je n'ai pas passé par la fenêtre et que je n'ai pas touché à ce vin.»

Après quelques explications qui ne leur apprirent pas quel pouvait être le vrai coupable, les enfants réparèrent de leur mieux le désordre de la toilette de la pauvre Sophie; Camille lui rattacha sa robe, Madeleine lui peigna les cheveux, Marguerite lui lava les mains et la figure; ses yeux restèrent pourtant gonflés. Elles allèrent ensuite au jardin pour voir les fleurs, cueillir des bouquets et faire une visite à la jardinière.

XIII. Visite au potager.

Sophie, qui avait toujours le coeur bien gros et la démarche gênée par les coups qu'elle avait reçus, laissa ses amies admirer les fleurs et cueillir des bouquets, et alla s'asseoir chez la jardinière.

MÈRE LOUCHET.—Bonjour, mam'selle; je vous voyais venir boitinant, vous avez l'air tout chose. Seriez-vous malade comme Palmyre, qui s'est donné une entorse et qui ne peut quasi pas marcher?

SOPHIE.—Non, mère Louchet, je ne suis pas malade.