SOPHIE, _avec effroi.—_Oh! ma bonne mère Louchet, si vous avez de l'amitié pour moi, je vous en prie, ne la punissez pas; voyez comme elle souffre de son pied. Maudit vin! il a déjà causé bien du mal chez nous; n'y pensez plus, ma bonne mère Louchet, et pardonnez à Palmyre comme je lui pardonne.

PALMYRE, _joignant les mains.—_Oh! mam'selle, que vous êtes bonne! que j'ai de regret que vous ayez été battue pour moi! Ah! si j'avais su, jamais je n'aurais touché à ce vin de malheur. Oh! mam'selle! pardonnez-moi! le bon Dieu vous le revaudra.

Sophie s'approcha du lit de Palmyre, lui prit les mains et l'embrassa. La mère Louchet essuya une larme et dit: «Tu vois, Palmyre, ce que c'est que d'avoir de la malice; voilà mam'selle Sophie qu'est toute comme si elle s'était battue avec une armée de chats; c'est toi qu'es cause de tout cela; eh bien! est-ce qu'elle t'en tient de la rancune? Pas la moindre, et encore elle demande ta grâce. Et que tu peux lui brûler une fière chandelle, car je t'aurais châtiée de la bonne manière. Mais, par égard pour cette bonne mam'selle, je te pardonne; prie le bon Dieu qu'il te pardonne bien aussi; t'as fait une sottise pommée vois-tu, ne recommence pas.»

Palmyre pleurait d'attendrissement et de repentir; Sophie était heureuse d'avoir épargné à Palmyre les douleurs qu'elle venait de ressentir elle-même si rudement. La mère Louchet était reconnaissante de n'avoir pas à battre Palmyre, qu'elle aimait tendrement, et qu'elle ne punissait jamais sans un vif chagrin; elle remercia donc Sophie du fond du coeur. Au milieu de cette scène, Camille, Madeleine et Marguerite entrèrent; la mère Louchet leur raconta ce qui venait de se passer et combien Sophie avait été généreuse pour Palmyre. Sophie fut embrassée et approuvée par ses trois amies.

«Ma bonne Sophie, lui demanda Camille, ne te sens-tu pas heureuse d'avoir épargné à Palmyre la punition qu'elle méritait, et d'avoir résisté au désir de te venger de ce que tu avais injustement souffert par sa faute?

—Oui, chère Camille, répondit Sophie; je suis heureuse d'avoir obtenu son pardon, mais je ne me sentais aucun désir de vengeance; je sais combien est terrible la punition dont elle était menacée, et j'avais aussi peur pour elle que j'aurais eu peur pour moi-même.»

Camille et Madeleine embrassèrent encore Sophie; puis toutes quatre dirent adieu à Palmyre et à la mère Louchet, et rentrèrent à la maison, car la cloche du dîner venait de sonner.

XIV. Départ.

Sophie avait peur de rentrer au salon. Elle pria ses amies d'entrer les premières pour que sa belle-mère ne l'aperçût pas; mais elle eut beau se cacher derrière Camille, Madeleine et Marguerite, elle ne put échapper à l'oeil de Mme Fichini, qui s'écria:

«Comment oses-tu revenir au salon? Crois-tu que je laisserai dîner à table une voleuse, une menteuse comme toi?