—Madame, répliqua courageusement Madeleine, Sophie est innocente; nous savons maintenant qui a bu votre vin; elle a dit vrai en vous assurant que ce n'était pas elle.
—Ta, ta, ta, ma belle petite; elle vous aura conté quelque mensonge; je la connais, allez, et je la ferai dîner dans sa chambre.
—Madame, dit à son tour Marguerite avec colère, c'est vous qui êtes méchante; Sophie est très bonne; c'est Palmyre qui a bu le vin, et Sophie a demandé pardon à sa maman qui voulait la fouetter, et vous avez voulu battre la pauvre Sophie sans vouloir l'écouter, et j'aime Sophie, et je ne vous aime pas.»
MADAME FICHINI, _riant avec effort.—_Bravo, la belle! vous êtes bien polie, bien aimable en vérité! Votre histoire de Palmyre est bien inventée.
CAMILLE.—Marguerite dit vrai, madame; Palmyre a apporté des herbes dans votre cabinet, a bu votre vin, a sauté par la fenêtre, et s'est donné une entorse; elle a tout avoué à sa maman, qui voulait la fouetter et qui lui a pardonné, grâce aux supplications de Sophie. Vous voyez, madame, que Sophie est innocente, qu'elle est très bonne, et nous avons toutes beaucoup d'amitié pour elle.
MADAME DE ROSBOURG.—Vous voyez aussi, madame, que vous avez puni Sophie injustement et que vous lui devez un dédommagement. Vous disiez tout à l'heure que vous désiriez partir promptement, et que Sophie vous gênait pour faire vos paquets: voulez-vous nous permettre de l'emmener ce soir? Vous auriez ainsi toute liberté pour faire vos préparatifs de voyage.
Mme Fichini, honteuse d'avoir été convaincue d'injustice envers
Sophie devant tout le monde, n'osa pas refuser la demande de
Mme de Rosbourg, et, appelant sa belle-fille, elle lui dit d'un
air maussade:
«Vous partirez donc ce soir, mademoiselle; je vais faire préparer vos effets. _(Sophie ne peut dissimuler un mouvement de joie.) Je pense que vous êtes enchantée de me quitter; comme vous n'avez ni coeur ni reconnaissance, je ne compte pas sur votre tendresse, et vous ferez bien de ne pas trop compter sur la mienne. Je vous dispense de m'écrire, et je ne me tuerai pas non plus à vous donner de mes nouvelles, dont vous vous souciez autant que je me soucie des vôtres. (Se tournant vers ces dames.) _Allons dîner, chères dames; à mon retour, je vous inviterai avec tous nos voisins; je vous ferai la lecture de mes impressions de voyage; ce sera charmant.»
Et ces dames, suivies des enfants, allèrent se mettre à table. Sophie profita, comme d'habitude, de l'oubli de sa belle-mère pour manger de tout; cet excellent dîner et la certitude d'être emmenée le soir même par Mme de Fleurville achevèrent d'effacer la triste impression de la scène du matin.
Après dîner, les petites allèrent avec Sophie dans le petit salon où étaient ses joujoux et ses petites affaires; elles firent un paquet d'une poupée et de son trousseau, qui était assez misérable; le reste ne valait pas la peine d'être emporté.