Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg, qui attendaient avec impatience le moment de quitter Mme Fichini, demandèrent leur voiture.

MADAME FICHINI.—Comment! déjà, mes chères dames? Il n'est que huit heures.

MADAME DE FLEURVILLE.—Je regrette bien, madame, de vous quitter si tôt, mais je désire rentrer avant la nuit.

MADAME FICHINI.—Pourquoi donc avant la nuit? La route est si belle! et vous aurez clair de lune.

MADAME DE ROSBOURG.—Marguerite est encore bien petite pour veiller; je crains qu'elle ne se trouve fatiguée.

MADAME FICHINI.—Ah! mesdames, pour la dernière soirée que nous passons ensemble, vous pouvez bien faire un peu veiller Marguerite.

MADAME DE ROSBOURG.—Nous sommes bien fâchées, madame, mais nous tenons beaucoup à ce que les enfants ne veillent pas.

Un domestique vient avertir que la voiture est avancée. Les enfants mettent leurs chapeaux; Sophie se précipite sur le sien et se dirige vers la porte, de peur d'être oubliée; Mme Fichini dit adieu à ces dames et aux enfants; elle appelle Sophie d'un ton sec.

«Venez donc me dire adieu, mademoiselle. Vilaine sans coeur, vous avez l'air enchantée de vous en aller; je suis bien sûre que ces demoiselles ne quitteraient pas leur maman sans pleurer.

—Maman ne voyagerait pas sans moi, certainement, dit Marguerite avec vivacité, ni Mme de Fleurville sans Camille et Madeleine; nous aimons nos mamans parce qu'elles sont d'excellentes mamans; si elles étaient méchantes, nous ne les aimerions pas.»