Mais, à ce moment même, Sophie se sent malade; son estomac ne peut garder les fruits dont elle l'a surchargé; elle les rejette sur le parquet.

Mme de Fleurville, mécontente, prend sans rien dire la main de Sophie et l'emmène chez elle; on la déshabille, on la couche et on lui fait boire une tasse de tilleul bien chaud. Sophie est si honteuse qu'elle n'ose rien dire; quand elle est couchée, Mme de Fleurville lui demande comment elle se trouve.

SOPHIE.—Mieux, madame, je vous remercie; pardonnez-moi, je vous prie; vous êtes bien bonne de ne m'avoir pas fouettée.

MADAME DE FLEURVILLE.—Ma chère Sophie, tu as été gourmande, et le bon Dieu s'est chargé de ta punition en permettant cette indigestion qui va te faire rester couchée jusqu'au dîner; elle te privera de la promenade que nous devons faire dans une heure pour aller manger des cerises chez Mme de Vertel. Quant à être fouettée, tu peux te tranquilliser là-dessus: je ne fouette jamais, et je suis bien sûre que, sans avoir été fouettée, tu ne recommenceras pas à te remplir l'estomac comme une gourmande. Je ne défends pas les fruits et autres friandises; mais il faut en manger sagement si l'on ne veut pas s'en trouver mal.

Sophie ne répondit rien; elle était honteuse et elle reconnaissait la justesse de ce que disait Mme de Fleurville. La bonne, qui restait près d'elle, l'engagea à se tenir tranquille, mais un reste de mal de coeur l'empêcha de dormir; elle eut tout le temps de réfléchir aux dangers de la gourmandise, et elle se promit bien de ne jamais recommencer.

XVI. Le cabinet de pénitence.

Une heure après, Camille, Madeleine et Marguerite revinrent savoir des nouvelles de Sophie; elles avaient leurs chapeaux et des robes propres.

SOPHIE.—Pourquoi vous êtes-vous habillées?

CAMILLE.—Pour aller goûter chez Mme de Vertel; tu sais que nous devons y cueillir des cerises.

MADELEINE.—Quel dommage que tu ne puisses pas venir, Sophie! nous nous serions bien plus amusées avec toi.