MARGUERITE.—L'année dernière, c'était si amusant! on nous faisait grimper dans les cerisiers, et nous avons cueilli des cerises plein des paniers, pour faire des confitures, et nous en mangions tant que nous voulions; seulement nous ne nous sommes pas donné d'indigestion, comme tu as fait ce matin avec ton cassis.
MADELEINE.—Ne lui parle plus de son cassis, Marguerite: tu vois qu'elle est honteuse et fâchée.
SOPHIE.—Oh oui! je suis bien fâchée d'avoir été si gourmande; une autre fois, bien certainement que je n'en mangerai qu'un peu, puisque je serai sûre de pouvoir en manger le lendemain et les jours suivants. C'est que je n'ai pas l'habitude de manger de bonnes choses; et, quand j'en trouvais, j'en mangeais autant que mon estomac pouvait en contenir; à présent je ne le ferai plus: c'est trop désagréable d'avoir mal au coeur; et puis c'est honteux.
MARGUERITE.—C'est vrai; maman me dit toujours que lorsqu'on s'est donné une indigestion, on ressemble aux petits cochons.
Cette comparaison ne fut pas agréable à Sophie, qui commençait à se fâcher et à s'agiter dans son lit; Madeleine dit tout bas à Marguerite de se taire, et Marguerite obéit. Toutes trois embrassèrent Sophie et allèrent attendre leurs mamans sur le perron. Quelques minutes après, Sophie entendit partir la voiture. Elle s'ennuya pendant deux heures, au bout desquelles elle obtint de la bonne la permission de se lever; ses amies rentrèrent peu de temps après, enchantées de leur matinée; elles avaient cueilli et mangé des cerises; on leur en avait donné un grand panier à emporter.
Le lendemain, Camille dit à Sophie:
«Et sais-tu, Sophie, que ce soir nous ferons des confitures de cerises? Mme de Vertel nous a fait voir comment elle les faisait; tu nous aideras, et maman dit que ces confitures seront à nous, puisque les cerises sont à nous, et que nous en ferons ce que nous voudrons.
—Bravo! dit Sophie; quels bons goûters nous allons faire!»
MADELEINE.—Il faudra en donner à la pauvre femme Jean, qui est malade et qui a six enfants.
SOPHIE.—Tiens, c'est trop bon pour une pauvre femme!