CAMILLE.—Mais, maman, Sophie ne voulait pas l'écouter.
MADAME DE FLEURVILLE.—Sophie est vive, mal élevée, elle n'a pas l'habitude de pratiquer la charité, mais elle a bon coeur, et elle aurait compris la leçon que vous lui auriez toutes donnée par votre exemple; elle en serait devenue meilleure, tandis qu'à présent elle est furieuse et elle offense le bon Dieu.
MADELEINE.—Oh! maman, permettez-moi d'aller lui parler; je suis sûre qu'elle pleure, qu'elle se désole et qu'elle se repent de tout son coeur.
MADAME DE FLEURVILLE.—Non, Madeleine, je veux qu'elle reste seule jusqu'à ce soir; elle est encore trop en colère pour t'écouter; j'irai lui parler dans une heure.
Et Mme de Fleurville alla avec Camille et Madeleine rejoindre Mme de Rosbourg; les petites étaient tristes; tout en jouant avec leurs poupées, elles pensaient combien on était plus heureuse quand on est sage.
Pendant ce temps, Sophie, restée seule dans le cabinet de pénitence, pleurait, non pas de repentir, mais de rage; elle examina le cabinet pour voir si on ne pouvait pas s'en échapper: la fenêtre était si haute que, même en mettant la chaise sur la table, on ne pouvait pas y atteindre; la porte, contre laquelle elle s'élança avec violence, était trop solide pour pouvoir être enfoncée. Elle chercha quelque chose à briser, à déchirer: les murs étaient nus, peints en gris; il n'y avait d'autre meuble qu'une chaise en paille commune, une table en bois blanc commun; l'encrier était un trou fait dans la table et rempli d'encre; restaient la plume, le papier et le livre dans lequel elle devait copier. Sophie saisit la plume, la jeta par terre, l'écrasa sous ses pieds; elle déchira le papier en mille morceaux, se précipita sur le livre, en arracha toutes les pages, qu'elle chiffonna et le mit en pièces; elle voulut aussi briser la chaise, mais elle n'en eut pas la force et retomba par terre haletante et en sueur. Quand elle n'eut plus rien à casser et à déchirer, elle fut bien obligée de rester tranquille. Petit à petit, sa colère se calma, elle se mit à réfléchir, et elle fut épouvantée de ce qu'elle avait fait.
«Que va dire Mme de Fleurville? pensa-t-elle, quelle punition va-t-elle m'infliger? car elle me punira certainement… Ah bah! elle me fouettera. Ma belle-mère m'a tant fouettée que j'y suis habituée. N'y pensons plus, et tâchons de dormir…»
Sophie ferme les yeux, mais le sommeil ne vient pas; et elle est inquiète; elle tressaille au moindre bruit; elle croit toujours voir la porte s'ouvrir. Une heure se passe, elle entend la clef tourner dans la serrure; elle ne s'est pas trompée cette fois: la porte s'ouvre, Mme de Fleurville entre. Sophie se lève et reste interdite. Mme de Fleurville regarde les papiers et dit à Sophie d'un ton calme:
«Ramassez tout cela, mademoiselle.»
Sophie ne bouge pas.