«Je vous dis de ramasser ces papiers, mademoiselle», répéta
Mme de Fleurville.

Sophie reste immobile. Mme de Fleurville, toujours calme:

«Vous ne voulez pas, vous avez tort: vous aggravez votre faute et votre punition.»

Mme de Fleurville appelle: «Élisa, venez, je vous prie, un instant.»

Élisa entre et reste ébahie devant tout ce désordre.

«Ma bonne Élisa, lui dit Mme de Fleurville, voulez-vous ramasser tous ces débris? c'est Mlle Sophie qui a mis en pièces un livre et du papier. Voulez-vous ensuite m'apporter une autre _Journée du Chrétien, _du papier et une plume?»

Pendant qu'Élisa balayait les papiers, Mme de Fleurville s'assit sur la chaise et regarda Sophie, qui, tremblante devant le calme de Mme de Fleurville, aurait tout donné pour n'avoir pas déchiré le livre, le papier et écrasé la plume. Quand Élisa eut apporté les objets demandés, Mme de Fleurville se leva, appela tranquillement Sophie, la fit asseoir sur la chaise et lui dit:

«Vous allez écrire dix fois _Notre Père, _mademoiselle, comme je vous l'ai dit tantôt; vous n'aurez pour votre dîner que de la soupe, du pain et de l'eau; vous paierez les objets que vous avez déchirés avec l'argent que vous devez avoir toutes les semaines pour vos menus plaisirs. Au lieu de revenir avec vos amies, vous passerez vos journées ici, sauf deux heures de promenade que vous ferez avec Élisa, qui aura ordre de ne pas vous parler. Je vous enverrai votre repas ici. Vous ne serez délivrée de votre prison que lorsque le repentir, un vrai repentir, sera entré dans votre coeur, lorsque vous aurez demandé pardon au bon Dieu de votre dureté envers les pauvres, de votre gourmandise égoïste, de votre emportement envers Marguerite, de votre esprit de colère et de votre méchanceté, qui vous a portée à déchirer tout ce que vous pouviez briser et déchirer, de votre esprit de révolte, qui vous a excitée à résister à mes ordres. J'espérais vous trouver en bonne disposition pour vous ramener au repentir, pour faire votre paix avec Dieu et avec moi; mais, d'après ce que je vois, j'attendrai à demain. Adieu, mademoiselle. Priez le bon Dieu qu'il ne vous fasse pas mourir cette nuit avant de vous être reconnue et repentie.»

Mme de Fleurville se dirigea vers la porte; elle avait déjà tourné la clef, lorsque Sophie, se précipitant vers elle, l'arrêta par sa robe, se jeta à ses genoux, lui saisit les mains, qu'elle couvrit de baisers et de larmes, et à travers ses sanglots fit entendre ces mots, les seuls qu'elle put articuler: Pardon! Pardon!

Mme de Fleurville restait immobile, considérant Sophie toujours à genoux; enfin elle se baissa vers elle, la prit dans ses bras et lui dit avec douceur: