«Ma chère enfant, le repentir expie bien des fautes. Tu as été très coupable envers le bon Dieu d'abord, envers moi ensuite; le regret sincère que tu en éprouves te méritera sans doute le pardon, mais ne t'affranchit pas de la punition: tu ne reviendras pas avec tes amies avant demain soir, et tout le reste se fera comme je te l'ai dit.»
SOPHIE, _avec véhémence.—_Oh! madame, chère madame, la punition me sera douce, car elle sera une expiation; votre bonté me touche profondément, votre pardon est tout ce que je demande. Oh! madame, j'ai été si méchante, si détestable! Pourrez-vous me pardonner?
MADAME DE FLEURVILLE, _l'embrassant.—_Du fond du coeur, chère enfant; crois bien que je ne conserve aucun mauvais sentiment contre toi. Demande pardon au bon Dieu comme tu viens de me demander pardon à moi-même. Je vais t'envoyer à dîner; tu écriras ensuite ce que je t'avais dit d'écrire et tu achèveras ta soirée en lisant un livre qu'on t'apportera tout à l'heure.
Mme de Fleurville embrassa encore Sophie, qui lui baisait les mains et ne pouvait se détacher d'elle; elle se dégagea et sortit, sans prendre cette fois la précaution de fermer la porte à clef. Cette preuve de confiance toucha Sophie et augmenta encore son regret d'avoir été si méchante.
«Comment, se dit-elle, ai-je pu me livrer à une telle colère? Comment ai-je été si méchante avec des amies aussi bonnes que celles que j'ai ici, et si hardie envers une personne aussi douce, aussi tendre que Mme de Fleurville! Comme elle a été bonne avec moi! Aussitôt que j'ai témoigné du repentir, elle a repris sa voix douce et son visage si indulgent; toute sa sévérité a disparu comme par enchantement. Le bon Dieu me pardonnera-t-il aussi facilement? Oh oui! car il est la bonté même, et il voit combien je suis affligée de m'être si mal comportée!»
En achevant ces mots, elle se mit à genoux et pria du fond de son coeur pour que ses fautes lui fussent pardonnées et qu'elle eût la force de ne plus en commettre à l'avenir. À peine sa prière était-elle finie qu'Élisa entra, lui apportant une assiettée de soupe, un gros morceau de pain et une carafe d'eau.
ÉLISA.—Voici, mademoiselle, un vrai repas de prisonnier; mais, si vous avez faim, vous le trouverez bon tout de même.
SOPHIE.—Hélas, ma bonne Élisa, je n'en mérite pas tant; c'est encore trop bon pour une méchante fille comme moi.
ÉLISA.—Ah! ah! nous avons changé de ton depuis tantôt; j'en suis bien aise, mademoiselle. Si vous vous étiez vue! vous aviez un air! mais un air!… Vrai, on aurait dit d'un petit démon.
SOPHIE.—C'est que je l'étais réellement; mais j'en ai bien du regret, je vous assure, et j'espère bien ne jamais recommencer.