Sophie se mit à table et mangea sa soupe: elle avait faim; après sa soupe elle entama son morceau de pain et but deux verres d'eau. Élisa la regardait avec pitié.

«Voyez, pourtant, mademoiselle, lui dit-elle, comme on est malheureux d'être méchant; nos petites, qui sont toujours sages, ne seront jamais punies que pour des fautes bien légères: aussi on les voit toujours gaies et contentes.»

SOPHIE.—Oh oui! je le vois bien; mais c'est singulier: quand j'étais méchante et que ma belle-mère me punissait, je me sentais encore plus méchante après, je détestais ma belle-mère; tandis que Mme de Fleurville, qui m'a punie, je l'aime au contraire plus qu'avant et j'ai envie d'être meilleure.

ÉLISA.—C'est que votre belle-mère vous punissait avec colère, et quelquefois par caprice, tandis que Mme de Fleurville vous punit par devoir et pour votre bien. Vous sentez cela malgré vous.

SOPHIE.—Oui, c'est bien cela, Élisa; vous dites vrai.

Sophie avait fini son repas; Élisa emporta les restes, et Sophie se mit au travail; elle fut longtemps à faire sa pénitence, parce qu'elle s'appliqua à très bien écrire; quand elle eut fini, elle se mit à lire. Le jour commença bientôt à baisser; Sophie posa son livre et eut le temps de réfléchir aux ennuis de la captivité, pendant la grande heure qui se passa avant qu'Élisa vînt la chercher pour la coucher. Marguerite dormait déjà profondément; Sophie s'approcha de son lit et l'embrassa tout doucement, comme pour lui demander pardon de sa colère; ensuite elle fit sa prière, se coucha et ne tarda pas à s'endormir.

XVII. Le lendemain.

La journée du lendemain se passa assez tristement. Marguerite, honteuse encore de sa colère de la veille, se reprochait d'avoir causé la punition de Sophie; Camille et Madeleine souffraient de la tristesse de Marguerite et de l'absence de leur amie.

Sophie passa la journée dans le cabinet de pénitence; personne ne vint la voir qu'Élisa, qui lui apporta son déjeuner.

SOPHIE.—Comment vont mes amies, Élisa?