«Déjà, dit-elle; est-ce qu'il est l'heure de déjeuner?»

ÉLISA.—Certainement, et l'heure est même passée; vous n'avez donc pas faim?

SOPHIE.—Si fait, j'ai faim, et je m'en étonnais, je ne croyais pas qu'il fût si tard. Qu'est-ce que j'ai pour mon déjeuner?

ÉLISA.—Un oeuf frais, que voici, avec une tartine de beurre, une côtelette, une cuisse de poulet, des pommes de terre sautées, mais pas de dessert par exemple; Mme de Fleurville m'a dit que les prisonnières n'en mangeaient pas, et que vous étiez si raisonnable que vous ne vous en étonneriez pas.

Sophie rougit de plaisir à ce petit éloge, qu'elle n'espérait pas avoir mérité.

«Merci, ma chère Élisa, dit-elle, et remerciez Mme de Fleurville de vouloir bien penser si favorablement de moi; elle est si bonne, qu'on ne peut s'empêcher de devenir bon près d'elle. J'espère que dans peu de temps je deviendrai aussi sage, aussi aimable que mes amies.»

Élisa, touchée de cette humilité, embrassa Sophie et lui dit: «Soyez tranquille, mademoiselle, vous commencez déjà à être bonne; vous allez voir ce que vous serez; quand votre belle-mère reviendra, elle ne vous reconnaîtra pas.»

Cette idée du retour de sa belle-mère fit peu de plaisir à Sophie; elle tâcha de n'y pas songer, et elle acheva son déjeuner. Élisa lui dit qu'elle allait remporter le plateau et qu'elle reviendrait ensuite la chercher pour la promener.

«Je vais vous faire marcher pendant une heure, mademoiselle, puis vous reviendrez travailler; après votre dîner je vous promènerai encore pendant une bonne heure.»

La journée se passa ainsi sans trop d'ennui pour Sophie. Camille,
Madeleine et Marguerite attendaient chaque fois Élisa à sa sortie
de la chambre de pénitence pour la questionner sur ce que faisait
Sophie, sur ce que disait Sophie.