«Lucie, s'écria Marguerite.
—Lucie, quelle Lucie? demanda d'une voix basse et tremblante le pauvre Lecomte, qui croyait reconnaître sa fille et dont le visage était d'une pâleur effrayante.
—Bonjour mesdemoiselles, bonjour messieurs, dit Lucie faisant une révérence et les regardant tous avec surprise. Mon Dieu! qu'avez-vous donc? ajouta-t-elle. Serait-il arrivé un malheur? Vous avez tous l'air si effrayé que cela me fait peur.»
Camille fut la première à se remettre. «Non, Lucie, il n'est rien arrivé de malheureux; ne t'effraye pas, lui dit-elle.
—Mais pourquoi donc restez-vous tous sans me parler, avec un air tout drôle? _(Apercevant Lecomte:) _Ah! vous avez un étranger avec vous? N'aurait-il pas besoin d'un verre de cidre et d'une croûte de pain? Est-ce cela qui vous embarrasse?
—Lucie! s'écria Lecomte d'une voix étranglée par l'émotion. Lucie tressaillit, regarda l'étranger avec surprise; elle rougit, pâlit.
«Non, dit-elle, ce n'est pas possible… Je crois reconnaître…
Mais non, non… ce ne peut être… Serait-ce?…
—Ton père! s'écria Lecomte en s'élançant vers elle et la saisissant dans ses bras.
—Mon père! mon père! répéta Lucie en se jetant à son cou. Ô mon père, quelle joie! quel bonheur! Mon père, mon cher, mon bien-aimé père!»
Lucie versait des larmes de bonheur; Lecomte pleurait en couvrant sa fille de baisers. Les enfants regardaient cette scène avec attendrissement. Lecomte ne pouvait se lasser de regarder, d'embrasser son enfant que six années d'absence lui avaient rendue plus chère encore. Lucie était fort grandie et embellie, mais il lui trouvait le même visage.