CAMILLE.—Oui, va, nous te suivons.
Marguerite partit en courant, et, avant que ses amies eussent pu la rejoindre, elle reparut haletante et criant:
«Les voilà! les voilà! les voitures ont passé la barrière et elles entrent dans le bois.»
Camille, Madeleine et Sophie se précipitèrent vers le perron, où elles trouvèrent leurs mamans; elles auraient bien voulu courir au-devant de leurs cousins, mais les mamans les en empêchèrent.
Quelques instants après, les voitures s'arrêtaient devant le perron aux cris de joie des enfants. M. et Mme de Rugès et leurs deux fils, Léon et Jean, descendirent de la première; M. et Mme de Traypi et leur petit Jacques descendirent de la seconde. Pendant quelques instants, ce fut un tumulte, un bruit, des exclamations à étourdir.
Léon était un beau et grand garçon blond, un peu moqueur, un peu rageur, un peu indolent et faible, mais bon garçon au fond; il avait treize ans.
Jean était âgé de douze ans; il avait de grands yeux noirs pleins de feu et de douceur; il avait du courage et de la résolution; il était bon, complaisant et affectueux.
Jacques était un charmant enfant de sept ans; il avait les cheveux châtains et bouclés, les yeux pétillants d'esprit et de malice, les joues roses, l'air décidé, le coeur excellent, le caractère vif, mais jamais d'humeur ni de rancune.
Sophie seule restait à l'écart; on l'avait embrassée en descendant de voiture; mais elle sentait que, ne faisant pas partie de la famille, n'ayant été admise à Fleurville que par suite de l'abandon de sa belle-mère, elle ne devait pas se mêler indiscrètement à la joie générale.
Jean s'aperçut le premier de l'isolement de la pauvre Sophie et, s'approchant d'elle, il lui prit les mains en lui disant avec affection: