MARGUERITE.—Nous irons le voir demain et nous lui annoncerons le retour de papa; il en sera aussi heureux que nous, car il l'aime!… il l'aime! autant que maman et moi.

JACQUES.—Et après tu nous raconteras tes aventures. Tu es resté cinq ans chez les sauvages?

PAUL.—Tu le sauras demain, et bien d'autres choses encore. Il est trop tard pour commencer.

—Mes enfants, dit Mme de Fleurville, il est tard; votre nouvel ami Paul doit être fatigué…

M. DE ROSBOURG, _interrompant.—_Paul fatigué! Il en a fait bien d'autres avec moi! Nous avons passé des nuits et des jours à travailler, à marcher, à veiller. Il est maintenant robuste comme un vrai marin.

—Mais les nôtres, qui n'ont pas eu comme lui l'avantage d'une si terrible éducation, cher commandant, répondit en souriant Mme de Fleurville, ont vraiment besoin de repos. Tous ont pris une part si vive au bonheur de Marguerite, qu'ils ont comme elle besoin d'une bonne nuit pour se remettre. Demain ils seront de force à lutter avec Paul.

M. de Rosbourg ne répondit que par un salut gracieux, et, attirant à lui Marguerite et Sophie, il les embrassa avec tendresse.

«Oh! papa, dit Marguerite en serrant les bras autour de son cou, que c'est ennuyeux de vous quitter et de me coucher!

—Je vais prolonger la soirée en montant jusque chez toi, mon enfant», répondit M. de Rosbourg.

Et, la prenant dans ses bras, il l'emporta jusque dans sa chambre, à la grande joie de Marguerite qui répétait en l'embrassant: