«Je vois dans tes yeux que tu seras mon ami; tu aimeras bien ma petite amie Marguerite, n'est-ce pas? Nous la protégerons à nous deux quand elle en aura besoin.»
Paul embrassa Jacques en souriant et lui promit d'être son ami dévoué et celui de Marguerite.
Léon ne disait rien; il semblait piqué de ce que Sophie n'avait ajouté aucune réflexion aimable en le nommant. Il se laissa pourtant embrasser par Paul. Camille et Madeleine souriaient et attendaient, pour faire plus ample connaissance avec ce dernier, que le temps eût augmenté leur intimité. Bientôt on entendit sonner le dîner; chacun s'apprêta à se rendre au salon. Mme de Rosbourg y entra radieuse, appuyée sur le bras de son mari qui tenait sa petite Marguerite par la main.
La joie, le bonheur étaient sur tous les visages; Sophie et Paul avait mille choses à se demander. Sophie parla tant et tant, qu'à la fin de la journée elle lui avait raconté tous les événements importants de sa vie depuis leur séparation. Les enfants firent promettre à Paul de leur raconter à tous ensemble ce qui lui était arrivé depuis le naufrage. M. de Rosbourg fit la même promesse à ces dames et à ces messieurs.
SOPHIE.—Mais dis-moi, Paul, comment et avec qui es-tu arrivé ici, à Fleurville?
PAUL.—Avec M. de Traypi, que le commandant a trouvé au Ministère comme il arrivait lui-même pour annoncer son retour et expliquer sa longue absence. Nous étions à Paris depuis une demi-heure, le commandant très impatient de revoir sa femme et Marguerite, qu'il ne savait trop où chercher ni où trouver, et moi très tranquille, parce que je n'imaginais pas que tu fusses en vie et encore moins ici. Je croyais que tu avais dû périr avec ton papa, dans cette vilaine caisse où l'on t'avait mise par une tempête si affreuse et avec des vagues hautes comme des maisons.
SOPHIE.—Je t'avais cru mort aussi. C'est par le _Normand _que je t'ai su vivant et chez les sauvages.
PAUL.—Le _Normand! _Tu as vu le _Normand? _Quand? Où cela? Où est-il? Que j'embrasse ce brave homme si bon, si dévoué! Nous l'avons bien regretté, et nous pensions que les sauvages l'avaient tué.
SOPHIE.—Il y a trois jours seulement que le _Normand _est revenu, après s'être échappé de chez les sauvages et après vous avoir cherchés et attendus pendant quatre ans. Nous l'avons rencontré, par hasard, dans la forêt.
PAUL.—Brave homme! Que je serai content de le revoir!