Paul ne tarda pas à se mettre à l'aise avec ses nouveaux amis. Sophie l'accablait de questions sur ce qui lui était arrivé; il promit de tout raconter quand on serait un peu plus posé. Il parla de M. de Rosbourg avec une tendresse et une reconnaissance qui touchèrent Marguerite jusqu'aux larmes.
MARGUERITE.—Comme vous aimez papa, monsieur Paul! Alors je vous aimerai bien aussi.
PAUL.—Si vous m'aimez, Marguerite, vous m'appellerez Paul tout court et pas monsieur.
MARGUERITE.—Oh! je ne demande pas mieux, et, quand nous nous connaîtrons bien, demain par exemple, nous nous tutoierons: c'est si gênant de dire vous!
PAUL.—Tout de suite, si tu veux, Marguerite; d'abord je te connais beaucoup, car ton papa me parlait souvent de toi.
MARGUERITE.—Et Sophie ne m'a jamais parlé de toi.
PAUL.—Comment, Sophie, tu m'avais oublié?
SOPHIE, _tristement.—_Oublié, non, mais tu dormais dans mon coeur et je n'osais pas te réveiller. Je t'avais cru mort, et puis j'ai été si malheureuse que je suis devenue égoïste et je n'ai pensé qu'à moi; j'ai perdu l'habitude de penser au passé et à ceux qui m'avaient aimée.
JEAN.—Ne croyez pas ce qu'elle dit, Paul; Sophie est bonne, et très bonne; elle dit toujours du mal d'elle-même. Pauvre Sophie, elle vous racontera ses trois années de malheur.
Jacques s'avança vers Paul, et, se mettant sur la pointe des pieds pour l'embrasser, il lui dit: