Quand il eut recommencé cent et cent fois à embrasser sa femme et son enfant, il s'avança vers Sophie, et, la prenant dans ses bras, il l'embrassa deux ou trois fois.

«Pauvre petite! dit-il. Quels affreux souvenirs elle me rappelle!
Où est son père? Par quel hasard se trouve-t-elle avec vous?

—Mon bon commandant, répondit Sophie, je vous expliquerai tout cela. Mon pauvre papa est mort il y a longtemps, ajouta-t-elle en baissant la voix et en essuyant une larme; mais Paul, mon cher Paul, où est-il? Vit-il encore?»

M. DE ROSBOURG.—Paul est un grand et beau garçon, ma chère enfant; il est ici; il déballe et range nos affaires.

SOPHIE.—Oh!… que je voudrais le voir, ce cher Paul! Dans quelle chambre est-il, que je coure le chercher?

M. DE ROSBOURG.—Près de celle de ma femme; c'est celle qu'on m'a donnée et où Paul a monté mes effets.

Sophie courut à cette chambre; on entendit des cris de joie, des gambades, des rires et bientôt on vit accourir Sophie entraînant Paul, un peu honteux de se trouver en présence de tous ces visages inconnus.

«Viens, mon garçon, lui cria M. de Rosbourg, ce ne sont pas des sauvages; pas de danger à courir, va! D'ailleurs tu es homme, toi, à aller en avant, jamais en arrière. En avant donc et embrasse tes amis. Voici ma femme d'abord, puis ma petite Marguerite, puis… Ma foi, je ne connais pas les autres, mais, comme nous sommes en pays ami, embrassons-les tous pour faire connaissance; ils diront leurs noms après.»

La mêlée fut générale; tout le monde s'embrassait en riant. La belle et aimable figure de M. de Rosbourg avait déjà séduit tous les enfants; l'air déterminé de Paul, sa taille élevée, son apparence vigoureuse, sa figure intelligente et bonne, disposèrent en sa faveur les coeurs des enfants. M. de Rosbourg se retira en riant avec sa femme; Sophie présenta Paul à tous ses amis.

«Voici d'abord Marguerite, la fille de notre bon capitaine; c'est elle qui est la plus jeune et avec laquelle je me suis le plus amusée et disputée; nous te raconterons tout cela. Voici mes chères amies Camille et Madeleine, si bonnes, si bonnes, qu'on les appelle les petites filles modèles. Voici notre petit ami Jacques de Traypi, un petit malin, mais bien bon. Voici Jean de Rugès, qui a douze ans comme toi et qui fera la paire avec toi pour le courage et la bonté. Voici enfin son frère, qui s'appelle Léon et qui est notre aîné à tous; il a treize ans.»