» L'hôtesse fit révérence sur révérence, et courut chercher le déjeuner du maréchal. La voyant revenir toute seule: «Vous n'avez donc plus peur des esprits, lui dit-il, que vous allez et venez ainsi sans escorte?—Oh! monsieur, tant qu'il fait jour, il n'y a pas de danger; ce n'est qu'aux approches de minuit.»

» Le maréchal paya généreusement sa dépense et celle de ses gens, et laissa l'hôtesse plus persuadée que jamais de la présence des esprits dans la tour du vieux château. Depuis ce jour, elle invoquait toujours le nom du maréchal de Ségur pour convaincre les incrédules du danger d'habiter la tour; et voilà comme se font toutes les histoires de revenants!»

Les enfants remercièrent beaucoup M. de Rugès de cette histoire qui les avait vivement intéressés.

«Moi, dit Jacques, je suis fâché que le maréchal n'ait pas vu le fantôme tout de bon.

—Pourquoi donc?» dit son père.

JACQUES.—Parce qu'il avait bien répondu au chevalier. J'aime ses réponses, elles sont très courageuses.

MARGUERITE.—J'aurais eu joliment peur, à sa place, quand les balles n'ont pas tué le chevalier.

LÉON.—Tu aurais eu peur, parce que tu es une fille, mais je suis bien sûr que Paul n'aurait pas eu peur.

PAUL.—Je crois, au contraire, que j'aurais eu très peur. Il n'y a plus de défense possible contre un esprit que les balles ni l'épée ne peuvent mettre en fuite.

M. DE ROSBOURG.—Il y a toujours l'éternelle défense de la prière à Dieu.