Elle continua son petit babil, qui enchantait M. de Rosbourg, jusqu'au moment de la prière et du coucher. Quand elle fut dans son lit: «Je vous en prie, papa, dit-elle, restez là jusqu'à ce que je sois endormie. Quand je m'endors avec ma main dans la vôtre, je rêve à vous; et alors je ne vous quitte pas, même la nuit.»
M. de Rosbourg se sentait toujours doucement ému de ces sentiments si tendres que lui exprimait Marguerite; il était lui-même trop heureux de voir et de tenir son enfant, pour lui enlever cette jouissance dont il avait été privé si longtemps.
Aussi, devant cette tendresse extrême, devant l'affection si vive de sa femme, devant la tendresse passionnée et dévouée de Paul, il ne se sentait plus le courage de continuer sa carrière de marin, et de jour en jour il se fortifiait dans la pensée de quitter le service actif et de vivre pour ceux qu'il aimait. L'éducation de ses enfants, l'amélioration du village occuperaient suffisamment son temps.
XI. Les Tourne-Boule et l'idiot.
Les vacances étaient bien avancées; un grand mois s'était écoulé depuis l'arrivée des cousins; mais les enfants avaient encore trois semaines devant eux, et ils ne s'attristaient pas si longtemps d'avance à la pensée de la séparation. Léon s'améliorait de jour en jour; non seulement il cherchait à vaincre son caractère envieux, emporté et moqueur, mais il essayait encore de se donner du courage. Son nouvel ami Paul avait gagné sa confiance par sa franche bonté et son indulgence; il avait osé lui avouer sa poltronnerie.
«Ce n'est pas ma faute, lui dit-il tristement; mon premier mouvement est d'avoir peur et d'éviter le danger; je ne peux pas m'en empêcher. Je t'assure, Paul, que bien des fois j'en ai été honteux au point d'en pleurer en cachette; je me suis dit cent fois qu'à la prochaine occasion je serais brave; pour tâcher de le devenir, je me faisais brave en paroles. J'ai beau faire, je sens que je suis et serai toujours poltron.»
Il avait l'air si triste et si honteux en faisant cet aveu, que
Paul en fut touché.
«Mon pauvre ami, lui dit-il (il appuya sur _ami), _je trouve au contraire qu'il faut un grand courage pour dire, même à un ami, ce que tu viens de me confier. Au fond, tu es tout aussi brave que moi!»
Léon relève la tête avec surprise.
«Seulement tu n'as pas eu occasion d'exercer ton courage avec prudence. Tu es entouré de cousines et d'amis plus jeunes que toi; tu t'es trouvé dans des moments de danger, plus ou moins grand, avec la certitude que tu n'avais ni la force ni les moyens de t'en préserver; alors tu as tout naturellement pris l'habitude de fuir le danger et de croire que tu ne peux pas faire autrement.»