LÉON.—Mais pourtant, Paul, toi, je te vois courir en avant dans bien des occasions où je me serais sauvé.
PAUL.—Moi, c'est autre chose; j'ai passé cinq années entouré de dangers et avec l'homme le plus courageux, le plus déterminé que je connaisse; il m'a habitué à ne rien craindre. Mais moi-même, que tu cites comme exemple, c'est par habitude que je suis courageux, et cette habitude, je l'ai prise parce que je me sentais toujours en sûreté sous la protection de mon père. Marchons ensemble à la première occasion, et tu verras que tu feras tout comme moi.
—J'en doute, reprit Léon; en tout cas, je tâcherai. Je te remercie de m'avoir remonté dans ma propre estime; j'étais honteux de moi-même.
—À l'avenir, tu seras content, tu verras, dit Paul en lui serrant affectueusement la main. Léon rentra tout joyeux pour travailler; Paul monta chez M. de Rosbourg, qui lui dit en souriant: «Mon cher Paul, puisque te voilà, causons donc ensemble de ton avenir. Y as-tu pensé quelquefois?»
PAUL.—Non, mon père, je vous en ai laissé le soin; je sais que vous arrangerez tout pour mon plus grand bien.
M. de Rosbourg attira Paul vers lui et le baisa au front.
M. DE ROSBOURG.—J'y ai pensé, moi, et j'ai arrangé ta vie de manière à ne pas la séparer de la mienne…
PAUL, _s'écriant et sautant de joie.—_Merci, merci, mon père, mon bon père. Que vous êtes bon! je vais aller le dire à Marguerite.
M. DE ROSBOURG, _riant.—_Mais attends donc, nigaud; que lui diras-tu? Tu ne sais rien encore!
PAUL.—Je sais tout, puisque je sais que je resterai toujours près de vous, près de ma mère et de Marguerite.