M. DE ROSBOURG.—Courage, mon ami! courage! ça va se passer!
Nous allons t'habiller maintenant et te ramener chez toi.

L'IDIOT.—Vous n'allez pas me laisser, pas vrai? vous ne me laisserez pas tout seul?

M. DE ROSBOURG.—Non, mon pauvre garçon, je te le promets. Passe ta chemise… Là… ton pantalon maintenant… Puis ta blouse! Et c'est fini. Mets tes sabots et partons. Ça va-t-il mieux?

L'IDIOT.—Pour ça, oui. Ça fait du bien, la mare.

M. DE TRAYPI.—Connais-tu les noms de ces mauvais drôles qui t'ont battu? Pourrais-tu le dire?

L'IDIOT.—Pour ça, oui. Le grand Michot, puis Jimmel le roux, puis Daniel le borgne, puis Friret, puis Canichon, puis les deux Richardet, puis Lecamus, puis Frognolet le bancal et Frognolet le louche, puis les deux garçons du père Bertot.

M. DE TRAYPI.—Bien, ne les oublie pas; j'irai voir leurs parents et je leur ferai donner une correction solide devant moi, pour être bien sûr qu'ils l'ont reçue.

L'idiot se mit à rire et à se frotter les mains. «Ha! ha! ha! ils vont en avoir aussi, les brigands, les scélérats. Faites-les battre rondement. Ha! ha! ha! que je suis donc content!… Ça fait du bien tout de même. Ha! ha! ha! Faut les battre avec des orties. Ça leur fera bien plus mal.

—Pauvre garçon, dit M. de Rosbourg à Paul et à Léon, il ne pense qu'à la vengeance. Pas moyen de lui faire comprendre que le bon Dieu ordonne de rendre le bien pour le mal. Mais nous voici arrivés. Rugès et Traypi, chargez-vous de rendre l'idiot à ses parents. Je vais revenir avec nos braves et raconter leurs exploits à nos amis. Je serai heureux de parler de Léon comme il le mérite.»

Et, serrant encore la main de l'heureux Léon, il se mit en route; trouvant le salon vide, il monta chez sa femme, laissant Paul et Léon chercher leurs amis.