—Sophie! Sophie! cria Camille qui accourait, maman te demande; elle a reçu des nouvelles de ta belle-mère qui vient d'arriver à sa terre et qui est bien malade.

Sophie poussa un cri d'effroi quand elle sut l'arrivée de sa belle-mère; elle voulut se lever pour aller chez Mme de Fleurville; mais elle retomba sur sa chaise, suffoquée par ses sanglots.

«Ma pauvre Sophie, lui dirent Camille et Jean, remets-toi; pourquoi pleures-tu ainsi?

—Mon Dieu, mon Dieu! il va falloir vous quitter tous et retourner vivre près de cette méchante femme. Ah! si je pouvais mourir ici, chez vous, avant d'y retourner!

—Pourquoi lui as-tu parlé de cela, Camille? dit Jean d'un air de reproche. Pauvre Sophie, vois dans quel état tu l'as mise!»

CAMILLE.—Maman m'avait dit de la prévenir; je suis désolée de la voir pleurer ainsi, mais je t'assure que ce n'est pas ma faute; je devais bien obéir à maman. Viens, ma pauvre Sophie, maman t'empêchera d'aller vivre avec ta méchante belle-mère, sois-en sûre.

—Crois-tu? dit Sophie un peu rassurée. Mais elle voudra m'avoir, je le crains. Viens avec nous, Jean, que j'aie du moins mes plus chers amis près de moi.

Jean et Camille, presque aussi tristes que Sophie, lui donnèrent la main, et ils entrèrent chez Mme de Fleurville qu'ils trouvèrent avec M. et Mme de Rosbourg. Les larmes de Sophie ne purent échapper à M. de Rosbourg; il se leva vivement, alla vers elle, l'embrassa avec bonté et tendresse, et lui demanda si c'était le retour de sa belle-mère qui la faisait pleurer.

SOPHIE, _en sanglotant.—_Oui, cher monsieur de Rosbourg; sauvez-moi, empêchez-moi de quitter Mme de Fleurville et mes amies.

M. DE ROSBOURG.—Rassure-toi, mon enfant, tu resteras ici; Mme de Fleurville est très décidée à te garder. Et moi, qui suis ton tuteur, ajouta-t-il en souriant et en l'embrassant encore, je t'ordonne de vivre ici.