—Ta mère, pauvre Sophie! dit Mme Fichini en sanglotant. Quelle mère! grand Dieu! Depuis que j'ai fait mon malheur par cet abominable mariage, depuis surtout que j'ai un enfant, j'ai compris toute l'horreur de ma conduite envers toi. Dieu m'a punie! Il a bien fait! Je suis bien, bien coupable… mais aussi bien repentante, ajouta-t-elle en redoublant de sanglots et en se jetant au cou de Sophie. Sophie, ma pauvre Sophie, que j'ai tant détestée, martyrisée, pardonne-moi. Oh! dis que tu me pardonnes, pour que je meure tranquille.

—De tout mon coeur, du fond de mon coeur, ma pauvre mère, répondit Sophie en sanglotant. Ne vous désolez pas ainsi, vous m'avez rendue heureuse en me donnant à Mme de Fleurville qui est pour moi comme une vraie mère; j'ai été heureuse, bien heureuse, et c'est à vous que je le dois.»

MADAME FICHINI.—À moi! Oh! non, rien à moi, rien, rien, que ton malheur, que tes pénibles souvenirs, que ton mépris. Mon Dieu, mon Dieu, pardonnez-moi, je vais mourir.

Je voudrais voir un prêtre. De grâce, un prêtre, pour me confesser, pour que Dieu me pardonne. Sophie, ma pauvre Sophie, rends-moi le bien pour le mal: demande à ce monsieur, qui a l'air si bon, d'aller me chercher un prêtre.

M. DE ROSBOURG.—Vous allez en avoir un dans quelques instants, madame; j'y cours moi-même.

Sophie resta près de sa belle-mère qui continua à sangloter, à demander pardon, à appeler le prêtre. Sophie pleurait, lui disait ce qu'elle pouvait, pour la calmer, la consoler, la rassurer. Une demi-heure après, le curé arriva. Mme Fichini demanda à rester seule avec lui; ils restèrent enfermés plus d'une heure; le curé promit de revenir le lendemain et dit à M. de Rosbourg en se retirant:

«Elle demande qu'on la laisse seule jusqu'à demain, monsieur; la vue de cette petite demoiselle réveille en elle de si horribles remords qu'elle ne peut pas les supporter; mais elle vous prie de la lui ramener demain.»

M. de Rosbourg rentra chez Mme Fichini et lui parla en termes si touchants de la bonté de Dieu, de son indulgence pour le vrai repentir, de sa grande miséricorde pour les hommes, qu'il réussit à la calmer.

«Revenez demain, dit-elle d'une voix faible, vous m'aiderez à mourir; vous parlez si bien de Dieu et de sa bonté, que je me sens plus de courage en vous écoutant. Promettez-moi de me ramener vous-même Sophie. Pauvre malheureuse Sophie! ajouta-t-elle en retombant sur son oreiller. Et son malheureux père, c'est moi qui l'ai tué! Je l'ai fait mourir de chagrin! Pauvre homme!… et pauvre Sophie!…»

Elle ferma les yeux et ne parla plus. M. de Rosbourg se retira après avoir appelé Mlle Hedwige et la femme de chambre. Il prit Sophie par la main, et tous deux quittèrent en silence ce château où mourait une femme qui, deux ans auparavant, faisait la terreur et le malheur de sa belle-fille. Quand ils furent en voiture, M. de Rosbourg demanda à Sophie: