«Lui pardonnes-tu bien sincèrement, mon enfant?»
SOPHIE.—Du fond du coeur, monsieur. Dans quel état elle est!
Pauvre femme! elle m'a fait pitié.
M. DE ROSBOURG.—Oui, la mort doit lui faire peur. Nous mourrons tous un jour; prions Dieu de nous faire vivre en chrétiens pour que nous ayons une mort douce, pleine d'espérance et de consolation. Le bon Dieu aura pitié d'elle, car elle paraît bien sincèrement repentante.
Quand ils revinrent à Fleurville, ils trouvèrent tout le monde rassemblé sur le perron pour les recevoir.
«Tu as pleuré, pauvre Sophie!» dit Jean en lui serrant une main, pendant que Paul lui prenait l'autre main.
Sophie leur raconta le triste état de sa belle-mère et tous les détails de leur entrevue; ils furent tous émus du repentir de Mme Fichini et plaignaient Sophie de l'obligation où elle était d'y retourner le lendemain.
M. de Rosbourg raconta de son côté à sa femme et à ses amis comment s'était passée cette pénible visite; il parla avec éloge de la sensibilité de Sophie, et regretta de devoir lui faire recommencer le lendemain les mêmes émotions.
«C'est singulier qu'elle n'ait pas parlé de l'enfant que signale Mlle Brrrr…, je ne sais quoi; il n'en a pas été question. Nous verrons demain.»
Le lendemain, M. de Rosbourg mena encore Sophie chez sa belle-mère. L'entrevue de la veille avait fait une fâcheuse impression sur l'état de la malade. Le curé y était; il administrait l'extrême-onction. M. de Rosbourg et Sophie se mirent à genoux près du lit de la mourante. Quand le prêtre se fut retiré, Mme Fichini appela Sophie, et, lui prenant la main, elle dit d'une voix entrecoupée:
«Sophie… j'ai un enfant… une fille… Je suis ruinée… Je n'ai rien à lui laisser… Tu es riche… prends cette pauvre petite à ta charge… protège-la… Ne sois pas pour elle… ce que j'ai été pour toi… Pardonne-moi… Je n'exige rien… Ne me promets rien… mais sois charitable… pour mon enfant… Adieu… ma pauvre Sophie… Adieu… ma pauvre, pauvre enfant!