—Soyez tranquille, ma mère, dit Sophie, votre fille sera ma soeur, et je vous promets de la traiter et de l'aimer comme une soeur. Mme de Fleurville, qui est si bonne, et M. de Rosbourg, mon excellent tuteur, me permettront d'avoir soin de ma soeur. N'est-ce pas, monsieur de Rosbourg?»

M. DE ROSBOURG.—Oui, mon enfant, suis l'instinct de ton bon coeur; je t'approuve entièrement.

MADAME FICHINI.—Merci, Sophie, merci… Grâce à toi… grâce à ton tuteur… et à ce bon curé… je meurs plus tranquille… Priez tous pour moi… Que Dieu me pardonne… Adieu, Sophie… ton père… pardonne… Je souffre… J'étouffe… Ah!

Une convulsion lui coupa la parole. M. de Rosbourg saisit Sophie terrifiée dans ses bras, l'emporta dans la chambre voisine, la remit entre les mains de Mlle Hedwige et revint se mettre à genoux près du lit de Mme Fichini qui ne tarda pas à rendre le dernier soupir. Il pria pour l'âme de cette malheureuse femme, dont la fin avait été si troublée par ses remords. Il dit à un vieux concierge qui habitait le château de prendre avec le curé tous les arrangements nécessaires pour l'enterrement; puis il vint prendre Sophie pour la ramener chez Mme de Fleurville.

«Mais la petite fille, dit Sophie, que va-t-elle devenir?

—C'est juste, dit M. de Rosbourg. Mademoiselle Hedwige, ayez la bonté de vous occuper de cette enfant jusqu'à ce que nous ayons pris des arrangements pour son avenir.»

SOPHIE.—Je voudrais bien la voir, monsieur, avant de m'en aller.

M. DE ROSBOURG, _à Mlle Hedwige.—_Où est-elle, mademoiselle?

MADEMOISELLE HEDWIGE.—Dans la chambre à coucher, monsieur. Donnez-vous la peine d'entrer. Ils entrèrent et virent une bonne qui tenait sur ses genoux une pauvre petite fille, maigre, pâle, chétive. «Cette petite est malade, dit M. de Rosbourg.

—Elle a toujours été comme ça, monsieur, dit Mlle Hedwige; le médecin pense qu'elle ne vivra pas.»