Pendant qu'il enfonçait, il ne perdit pas la tête; au lieu de lâcher Violette, il la saisit à deux bras, invoqua la fée Drôlette, et, arrivé au fond de l'eau, il donna un vigoureux coup de talon, qui le fit remonter à la surface. Prenant alors Violette d'un bras, il nagea de l'autre, et grâce à une force surnaturelle il parvint au rivage, où il déposa Violette inanimée.
Ses yeux étaient fermés, ses dents restaient serrées, la pâleur de la mort couvrait son visage. Ourson se précipita à genoux près d'elle et pleura. L'intrépide Ourson, que rien n'intimidait, qu'aucune privation, aucune souffrance ne pouvait vaincre, pleura comme un enfant. Sa soeur bien-aimée, sa seule amie, sa consolation, son bonheur, était là sans mouvement, sans vie! Le courage, la force d'Ourson l'avaient abandonné; à son tour, il s'affaissa et tomba sans connaissance près de sa chère Violette.
A ce moment, une Alouette arrivait à tire-d'aile; elle se posa près de Violette et d'Ourson, donna un petit coup de bec à Violette, un autre à Ourson, et disparut.
Ourson n'avait pas seul répondu à l'appel de Violette. Passerose aussi avait entendu; aux cris de Violette succéda le cri plus fort et plus terrible d'Ourson. Elle courut à la ferme prévenir Agnella, et toutes deux se dirigèrent rapidement vers le ruisseau d'où partaient les cris.
En approchant, elles virent, avec autant de surprise que de douleur, Violette et Ourson étendus sans connaissance. Passerose mit tout de suite la main sur le coeur de Violette; elle le sentit battre; Agnella s'était assurée également qu'Ourson vivait encore; elle commanda à Passerose d'emporter, de déshabiller et de coucher Violette, pendant qu'elle-même ferait respirer à Ourson un flacon de sels, et le ranimerait avant de le ramener à la ferme. Ourson était trop grand et trop lourd pour qu'Agnella et Passerose pussent songer à l'emporter. Violette était légère, Passerose était robuste; elle la porta facilement à la maison, où elle ne tarda pas à la faire sortir de son évanouissement.
Elle fut quelques instants avant de se reconnaître; elle conservait un vague souvenir de terreur, mais sans se rendre compte de ce qui l'avait épouvantée.
Pendant ce temps, les tendres soins d'Agnella avaient rappelé Ourson à la vie; il ouvrit les yeux, aperçut sa mère, et se jeta à son cou en pleurant.
«Mère! chère mère! s'écria-t-il; ma Violette, ma soeur bien-aimée a péri; laissez-moi mourir avec elle.
—Rassure-toi, mon cher fils, répondit Agnella, Violette vit encore; Passerose l'a emportée à la maison, pour lui donner les soins que réclame son état.»
Ourson sembla renaître à ces paroles; il se releva et voulut courir à la ferme; mais sa seconde pensée fut pour sa mère, et il modéra son impatience pour revenir avec elle.