Pendant le court trajet du ruisseau à la ferme, il lui raconta ce qu'il savait sur l'événement qui avait failli coûter la vie à Violette; il ajouta que la bave de la fée Rageuse lui avait laissé dans la tête une lourdeur étrange.
Agnella raconta à son tour comment elle et Passerose les avaient trouvés évanouis au bord du ruisseau. Ils arrivèrent ainsi à la ferme; Ourson s'y précipita tout ruisselant encore.
Violette, en le voyant, se ressouvint de tout; elle s'élança vers lui, se jeta dans ses bras, et pleura sur sa poitrine. Ourson pleura aussi; Agnella pleurait; Passerose pleurait: c'était un concert de larmes à attendrir les cours. Passerose y mit fin en s'écriant:
«Ne dirait-on pas... hi! hi!... que nous sommes... hi! hi!... les gens les plus malheureux... hi! hi!... de l'univers? Voyez donc notre pauvre Ourson... déjà mouillé... comme un roseau... qui s'inonde encore de ses larmes et de celles de Violette.... Allons, enfants!... courage et bonheur; nous voilà tous vivants, grâce à Ourson....
—Oh! oui, interrompit Violette, grâce à Ourson, à mon cher, à mon bien-aimé Ourson! comment m'acquitterai-je jamais de ce que je lui dois? Comment pourrai-je lui témoigner ma profonde reconnaissance, ma tendre affection?
—En m'aimant toujours comme tu le fais, ma soeur, ma Violette chérie. Ah! si j'ai été assez heureux pour te rendre plusieurs services, n'as-tu pas changé mon existence, ne l'as-tu pas rendue heureuse et gaie, de misérable et triste qu'elle était? N'es-tu pas tous les jours et à toute heure du jour la consolation, le bonheur de ma vie et de celle de notre excellente mère?»
Violette pleurait encore, elle ne répondit qu'en pressant plus tendrement contre son coeur son Ourson, son frère adoptif.
«Cher Ourson, lui dit sa mère, tu es trempé; va changer de vêtements. Violette a besoin d'une heure de repos; nous nous retrouverons pour dîner.»
Violette se laissa coucher, mais ne dormit pas; son coeur débordait de reconnaissance et de tendresse; elle cherchait vainement comment elle pourrait reconnaître le dévouement d'Ourson, elle ne trouva d'autre moyen que de s'appliquer à devenir parfaite, afin de faire le bonheur d'Ourson et d'Agnella.