Passerose fut longtemps absente. Il faut l'excuser, car elle aussi était un peu troublée. Au lieu de l'échelle, elle saisissait une corde, puis une fourche, puis une chaise. Elle pensa même, un instant, à faire descendre la vache au fond du puits, pour que le pauvre Ourson pût boire du lait tout chaud. Enfin, elle trouva cette échelle qui était là devant elle, sous sa main, et qu'elle ne voyait pas.
Pendant que Passerose cherchait l'échelle, Ourson et Violette ne cessaient de causer de leur bonheur, de se raconter leur désespoir, leurs angoisses.
«Je passai heureusement à travers les flammes, dit Ourson; je cherchai à tâtons l'armoire de ma mère; la fumée me suffoquait et m'aveuglait, lorsque je me sentis enlever par les cheveux et précipiter au fond de ce puits où tu es venue me rejoindre, chère Violette. Au lieu d'y trouver de l'eau ou de l'humidité, j'y sentis une douce fraîcheur. Un tapis moelleux en garnissait le fond, comme tu peux le voir encore; une lumière suffisante m'éclairait; je trouvai près de moi des provisions que voici, mais auxquelles je n'ai pas touché; quelques gorgées de vin m'ont suffi. La certitude de ton désespoir et de celui de notre mère me rendait si malheureux, que la fée Drôlette eut pitié de moi: elle m'apparut sous tes traits, chère Violette. Je la pris pour toi, et je m'élançai pour te saisir dans mes bras, mais je ne trouvai qu'une forme vague comme l'air, comme la vapeur. Je pouvais la voir, mais je ne pouvais la toucher.
«Ourson, me dit la fée en riant, je ne suis pas Violette; j'ai pris ses traits pour mieux te témoigner mon amitié. Rassure-toi, tu la verras demain. Elle pleure amèrement parce qu'elle te croit mort, mais demain je te l'enverrai; elle te fera une visite au fond de ton puits; elle t'accompagnera quand tu sortiras de ce tombeau, et tu verras ta mère, et le ciel, et ce beau soleil que ni ta mère ni Violette ne veulent plus contempler, mais qui leur paraîtra bien beau quand tu seras près d'elles. Tu reviendras plus tard dans ce puits; il contient ton bonheur.
«—Mon bonheur? répondis-je à la fée. Quand J'aurai retrouvé ma mère et Violette, j'aurai retrouvé tout mon bonheur.
«—Crois ce que je te dis; ce puits contient ton bonheur et celui de Violette.
«—Le bonheur de Violette, Madame, est de vivre près de moi et de ma mère.»
—Ah! que tu as bien répondu, cher Ourson, interrompit Violette. Mais que dit la fée?
«—Je sais ce que je dis, me répondit-elle.