«Sous peu de jours, il manquera quelque chose à ton bonheur. C'est ici que tu le trouveras. Au revoir, Ourson!

«—Au revoir, Madame! et bientôt, j'espère....

«—Quand tu me reverras, tu ne seras guère content, mon pauvre enfant, et tu voudras bien alors ne m'avoir jamais vue. Silence et adieu!»

«Et elle s'envola en riant, laissant après elle un parfum délicieux et quelque chose de suave, de bienfaisant, qui répandait le calme dans mon coeur. Je ne souffrais plus, je t'attendais.»

Violette, à son tour, avait mieux compris pourquoi le retour de la fée ne serait pas bien vu d'Ourson. Depuis que la confidence d'Agnella lui avait révélé la nature du sacrifice qu'elle pouvait s'imposer, elle était décidée à l'accomplir malgré la résistance inévitable d'Ourson. Elle ne songeait qu'au bonheur de lui donner un immense témoignage d'affection. Cette espérance doublait sa joie de l'avoir retrouvé.

Quand Ourson eut fini son récit, ils entendirent la vois éclatante de Passerose, qui lui criait:

«Voilà, voilà l'échelle, mes enfants.... Je vous la descends.... Prenez garde qu'elle ne vous tombe sur la tête.... Vous devez avoir des provisions; montez-les donc, s'il vous plaît; nous sommes un peu à court là-haut. Depuis deux jours je n'ai avalé que du lait et de la poussière; votre mère et Violette n'ont vécu que d'air et de leurs larmes.... Doucement donc... Prenez garde de briser les échelons.... Madame, Madame, les voici: voici la tête d'Ourson et celle de Violette.... Bon; enjambez; vous y voilà!»

Agnella, toujours pâle et tremblante, ne bougeait pas plus qu'une statue. Après avoir vu Violette en sûreté, Ourson sauta hors du puits et se précipita dans les bras de sa mère, qui le couvrit de larmes et de baisers. Elle le tint longtemps embrassé; le voir là quand elle l'avait cru mort lui semblait un rêve. Enfin Passerose termina cette scène d'attendrissement en saisissant Ourson et en lui disant:

«A mon tour donc! On m'oublie parce que je ne m'inonde pas de mes larmes, parce que j'ai conservé ma tête et mes forces. N'est-ce pas moi pourtant qui vous ai fait sortir de ce vilain trou où vous étiez si bien, disiez-vous?

—Oui, oui, ma bonne Passerose, je t'aime bien, crois-le, et je te remercie de nous avoir tirés du puits où j'étais, en effet, si bien depuis que ma chère Violette y était descendue.