—Notre ferme est brûlée. Je dois faire vivre ma mère et ma soeur du travail de mes mains; c'est pourquoi je viens vous demander de l'ouvrage. Vous serez content de mon travail: je suis vigoureux et bien portant, j'ai bonne volonté; je ferai tout ce que vous me commanderez.

—Tu crois, mon garçon, que je vais prendre à mon service un vilain animal comme toi, qui fera mourir de peur ma femme et mes servantes, tomber en convulsions mes enfants! Pas si bête, mon garçon, pas si bête.... En voilà assez. Va-t'en; laisse-nous finir notre dîner.

—Monsieur le fermier, de grâce, veuillez essayer de mon travail; mettez-moi tout seul: je ne ferai peur à personne; je me cacherai pour que vos enfants ne me voient pas.

—Auras-tu bientôt fini, méchant ours? Pars tout de suite; sinon je te ferai sentir les dents de ma fourche dans tes reins poilus.»

Le pauvre Ourson baissa la tête; une larme d'humiliation et de douleur brilla dans ses yeux. Il s'éloigna à pas lents, poursuivi des gros rires et des huées du fermier et de ses gens.

Quand il fut hors de leur vue, il ne chercha plus à contenir ses larmes; mais, dans son humiliation, dans son chagrin, il ne lui vint pas une fois la pensée que Violette pouvait le débarrasser de sa laide fourrure. Il marcha encore et aperçut un château dont les abords étaient animés par une foule d'hommes qui allaient, venaient et travaillaient tous à des ouvrages différents. Les uns ratissaient, les autres fauchaient, ceux-ci pansaient les chevaux, ceux-là bêchaient, arrosaient, semaient.

«Voilà une maison où je trouverai certainement de l'ouvrage, dit Ourson. Je n'y vois ni femmes ni enfants: les hommes n'auront pas peur de moi, je pense.»

Ourson s'approcha sans qu'on le vit; il ôta son chapeau et se trouva devant un homme qui paraissait devoir être un intendant.

«Monsieur...», dit-il.