L'homme leva la tête, recula d'un pas quand il vit Ourson, et l'examina avec la plus grande surprise.
«Qui es-tu? Que veux-tu? dit-il d'une voix rude.
—Monsieur, je suis le fils de la fermière Agnella, maîtresse de la ferme des Bois.
—Eh bien! pourquoi viens-tu ici?
—Notre ferme a brûlé, Monsieur. Je cherche de l'ouvrage pour faire vivre ma mère et ma soeur. J'espérais que vous voudriez bien m'en donner.
—De l'ouvrage? A un ours?
—Monsieur, je n'ai de l'ours que l'apparence; sous cette enveloppe qui vous répugne, bat un coeur d'homme, un coeur capable de reconnaissance et d'affection. Vous n'aurez à vous plaindre ni de mon travail ni de ma bonne volonté.»
Pendant qu'Ourson parlait et que l'intendant l'écoutait d'un air moqueur, il se fit un grand mouvement du côté des chevaux; ils se cabraient, ils ruaient. Les palefreniers avaient peine à les retenir; quelques-uns môme s'échappèrent et se sauvèrent dans les champs.
«C'est l'ours, c'est l'ours, criaient les palefreniers; il fait peur aux chevaux! Chassez-le, faites-le partir!
—Va-t'en!» lui cria l'intendant.