Ourson, stupéfait, ne bougeait pas.

«Ah! tu ne veux pas t'en aller! vociféra l'homme. Attends, méchant vagabond, je vais te régaler d'une chasse! Holà! vous autres, courez chercher les chiens.... Lâchez-les sur cet animal.... Allons, qu'on se dépêche.... Le voilà qui détale!»

En effet, Ourson, plus mort que vif de ce cruel accueil, s'en allait en précipitant sa marche; il avait hâte de s'éloigner de ces hommes inhumains et méchants. C'était la seconde tentative manquée. Malgré son chagrin, il ne se découragea pas.

«Il y a encore trois ou quatre heures de jour, dit-il: j'ai le temps de continuer mes recherches.»

Et il se dirigea vers une forge qui était à trois ou quatre kilomètres de la ferme des Bois. Le maître de la forge employait beaucoup d'ouvriers; il donnait de l'ouvrage à tous ceux qui lui en demandaient, non par charité, mais dans l'intérêt de sa fortune et pour se rendre nécessaire. Il était craint, mais il n'était pas aimé; il faisait la richesse du pays; on ne lui en savait pas gré, parce que lui seul en profitait, et qu'il pesait de tout le poids de son avidité et de son opulence sur les pauvres ouvriers qui ne trouvaient de travail que chez ce nouveau marquis de Carabas.

Le pauvre Ourson arriva donc à la forge; le maître était à la porte, grondant les uns, menaçant les autres, les terrifiant tous.

«Monsieur, dit Ourson en s'approchant, auriez-vous de l'ouvrage à me donner?

—Certainement. J'en ai toujours et à choisir. Quel ouvrage demand....» Il leva la tête à ces mots, car il avait répondu sans regarder Ourson. Quand il le vit, au lieu d'achever sa phrase, ses yeux étincelèrent de colère et il continua en balbutiant:

«Quelle est cette plaisanterie? Sommes-nous en carnaval pour qu'un ouvrier se permette une si ridicule mascarade? Veux-tu me jeter à bas ta laide peau d'ours? ou je te fais passer au feu de ma forge pour rissoler tes poils!