—Ce n'est point une mascarade, répondit tristement Ourson; c'est, hélas! une peau naturelle, mais je n'en suis pas moins bon ouvrier, et si vous avez la bonté de me donner de l'ouvrage, vous verrez que ma force égale ma bonne volonté.
—Je vais t'en donner, de l'ouvrage, vilain animal! s'écria le maître de forge écumant de colère. Je vais te fourrer dans un sac et je t'enverrai dans une ménagerie; on te jettera dans une fosse avec tes frères les ours. Tu en auras, de l'ouvrage, à te défendre de leurs griffes. Arrière, canaille! disparais, si tu ne veux pas aller à la ménagerie.»
Et, brandissant son bâton, il en eût frappé Ourson, si celui-ci ne se fût promptement esquivé.
XI
LE SACRIFICE
Ourson marcha vers sa demeure, découragé, triste, abattu. Il allait lentement; il arriva tard à la ferme. Violette courut au-devant de lui, lui prit la main, et, sans dire un mot, l'amena devant sa mère. Là elle se mit à genoux et dit:
«Ma mère, je sais ce que notre bien-aimé Ourson a souffert aujourd'hui. En son absence, la fée Rageuse m'a tout conté, la fée Drôlette m'a tout confirmé.... Ma mère, quand vous avez cru Ourson perdu à jamais pour vous, pour moi, vous m'avez révélé ce que, dans sa bonté, il voulait me cacher. Je sais que je puis, en prenant son enveloppe, lui rendre la beauté qu'il devait avoir. Heureuse, cent fois heureuse de pouvoir reconnaître ainsi la tendresse, le dévouement de ce frère bien-aimé, je demande à faire l'échange permis par la bonne fée Drôlette, et je la supplie de l'opérer immédiatement.
—Violette! Violette! s'écria Ourson terrifié. Violette, reprends tes paroles; tu ne sais pas à quoi tu t'engages, tu ignores la vie d'angoisses et de misère, la vie de solitude et d'isolement à laquelle tu te condamnes, la désolation incessante qu'on éprouve de se voir en horreur à tout le genre humain! Ah! Violette, Violette, de grâce, retire tes paroles.
—Cher Ourson, dit Violette avec calme mais avec résolution, en faisant ce que tu crois être un grand sacrifice, j'accomplis le voeu le plus cher à mon coeur, je travaille à mon propre bonheur. Je satisfais à un besoin ardent, impérieux, de te témoigner ma tendresse, ma reconnaissance. Je m'estime en faisant ce que je fais, je me mépriserais en ne le faisant pas.
—Arrête, Violette, un instant encore; réfléchis, songe à ma douleur quand je ne verrai plus ma belle, ma charmante Violette, quand je craindrai pour toi les railleries, l'horreur des hommes. Oh! Violette, ne condamne pas ton pauvre Ourson à cette angoisse.»