Le charmant visage de Violette s'attrista; la crainte de l'antipathie d'Ourson la fit tressaillir; mais ce sentiment tout personnel fut passager; il ne put l'emporter sur sa tendresse si dévouée.

Pour toute réponse elle se jeta dans les bras d'Agnella et dit:

«Mère, embrassez une dernière fois votre Violette blanche et jolie.»

Pendant qu'Agnella, Ourson et Passerose l'embrassaient et la contemplaient avec amour; pendant qu'Ourson, à genoux, la suppliait de lui laisser sa peau d'ours, à laquelle il était habitué depuis vingt ans qu'il en était revêtu, Violette appela encore à haute voix: «Fée Drôlette! fée Drôlette! venez recevoir le prix de la santé et de la vie de mon cher Ourson.»

Au même instant apparut la fée Drôlette dans toute sa gloire, sur un char d'or massif, traîné par cent cinquante alouettes. Elle était vêtue d'une robe en ailes de papillons des couleurs les plus brillantes; sur ses épaules tombait un manteau en réseau de diamants, qui traînait à dix pieds derrière elle, et d'un travail si fin qu'il était léger comme de la gaze. Ses cheveux, luisants comme des soies d'or, étaient surmontés d'une couronne en escarboucles brillantes comme des soleils. Chacune de ses pantoufles était taillée dans un seul rubis. Son joli visage, doux et gai, respirait le contentement; elle arrêta sur Violette un regard affectueux:

«Tu le veux donc, ma fille? dit-elle.

—Madame, s'écria Ourson en tombant à ses pieds, daignez m'écouter. Vous qui m'avez comblé de vos bienfaits, vous qui m'inspirez une si tendre reconnaissance, vous, bonne et juste, exécuterez-vous le voeu insensé de ma chère Violette? voudrez-vous faire le malheur de ma vie en me forçant d'accepter un pareil sacrifice? Non, non, fée charmante, fée chérie, vous ne voudrez pas le faire, vous ne le ferez pas.»

Tandis qu'Ourson parlait ainsi, la fée donna un léger coup de sa baguette de perles sur Violette, un second coup sur Ourson et dit:

«Qu'il soit fait selon le voeu de ton coeur, ma fille!... Qu'il soit fait contre tes désirs, mon fils!»

Au même instant, la figure, les bras, tout le corps de Violette se couvrirent des longs poils soyeux qui avaient quitté Ourson; et Ourson apparut avec une peau blanche et unie qui faisait ressortir son extrême beauté, Violette le regardait avec admiration, pendant que lui, les yeux baissés et pleins de larmes, n'osait envisager sa pauvre Violette, si horriblement métamorphosée; enfin il la regarda, se jeta dans ses bras, et tous deux pleurèrent. Ourson était merveilleusement beau; Violette était ce qu'avait été Ourson, sans forme, sans beauté comme sans laideur. Quand Violette releva la tête et regarda Agnella, celle-ci lui tendit les mains.