Blondine dormit profondément, et, quand elle se réveilla, il lui sembla qu'elle n'était plus la même que lorsqu'elle s'était couchée; elle se voyait plus grande; ses idées lui semblèrent aussi avoir pris du développement; elle se sentait instruite; elle se souvenait d'une foule de livres qu'elle croyait avoir lus pendant son sommeil; elle se souvenait d'avoir écrit, dessiné, chanté, joué du piano et de la Harpe.
Pourtant sa chambre était bien celle que lui avait montrée Bonne-Biche et dans laquelle elle s'était couchée la veille.
Agitée, inquiète, elle se leva, courut à une glace, vit qu'elle était grande, et, nous devons l'avouer, se trouva charmante, plus jolie cent fois que lorsqu'elle s'était couchée. Ses beaux cheveux blonds tombaient jusqu'à ses pieds; son teint blanc et rosé, ses jolis yeux bleus, son petit nez arrondi, sa petite bouche vermeille, ses joues rosées, sa taille fine et gracieuse, faisaient d'elle la plus jolie personne qu'elle eût jamais vue.
Émue, presque effrayée, elle s'habilla à la hâte et courut chez Bonne-Biche, qu'elle trouva dans l'appartement où elle l'avait vue la première fois.
«Bonne-Biche! Bonne-Biche! s'écria-t-elle, expliquez-moi de grâce la métamorphose que je vois et que je sens en moi. Je me suis couchée hier au soir enfant, je me réveille ce matin grande personne; est-ce une illusion? ou bien ai-je véritablement grandi ainsi dans une nuit?
—Il est vrai, ma chère Blondine, que vous avez aujourd'hui quatorze ans; mais votre sommeil dure depuis sept ans. Mon fils Beau-Minon et moi, nous avons voulu vous épargner les ennuis des premières études; quand vous êtes venue chez moi, vous ne saviez rien, pas même lire. Je vous ai endormie pour sept ans, et nous avons passé ces sept années, vous à apprendre en dormant, Beau-Minon et moi à vous instruire. Je vois dans vos yeux que vous doutez de votre savoir; venez avec moi dans votre salle d'étude, et assurez-vous par vous-même de tout ce que vous savez.»
Blondine suivit Bonne-Biche dans la salle d'étude; elle courut au piano, se mit à en jouer, et vit qu'elle jouait très bien; elle alla essayer sa harpe et en tira des sons ravissants; elle chanta merveilleusement; elle prit des crayons, des pinceaux, et dessina et peignit avec une facilité qui dénotait un vrai talent: elle essaya d'écrire et se trouva aussi habile que pour le reste; elle parcourut des yeux ses livres et se souvint de les avoir presque tous lus: surprise, ravie, elle se jeta au cou de Bonne-Biche, embrassa tendrement Beau-Minon, et leur dit:
«Oh! mes bons, mes chers, mes vrais amis, que de reconnaissance ne vous dois-je pas pour avoir ainsi soigné mon enfance, développé mon esprit et mon coeur! car, je le sens, tout est amélioré en moi, et c'est à vous que je le dois.»
Bonne-Biche lui rendit ses caresses. Beau-Minon lui léchait délicatement les mains. Quand les premiers moments de bonheur furent passés, Blondine baissa les yeux et dit timidement: