«Ne me croyez pas ingrate, mes bons et excellents amis, si je demande d'ajouter un nouveau bienfait à ceux que j'ai reçus de vous. Dites-moi, que fait mon père? Pleure-t-il encore mon absence? Est-il heureux depuis qu'il m'a perdue?
—Votre désir est trop légitime pour ne pas être satisfait. Regardez dans cette glace, Blondine, et vous y verrez tout ce qui s'est passé depuis votre départ, et comment est votre père actuellement.»
Blondine leva les yeux et vit dans la glace l'appartement de son père; le roi s'y promenait d'un air agité. Il paraissait attendre quelqu'un. La reine Fourbette entra et lui raconta que Blondine, malgré les instances de Gourmandinet, avait voulu diriger elle-même les autruches, qui s'étaient emportées, avaient couru vers la forêt des Lilas et versé la voiture; que Blondine avait été lancée dans la forêt des Lilas à travers la grille; que Gourmandinet avait perdu la tête d'effroi et de chagrin; qu'elle l'avait renvoyé chez ses parents. Le roi parut au désespoir de cette nouvelle; il courut dans la forêt des Lilas, et il fallut qu'on employât la force pour l'empêcher de s'y précipiter à la recherche de sa chère Blondine. On le ramena chez lui, où il se livra au plus affreux désespoir, appelant sans cesse sa Blondine, sa chère enfant. Enfin il s'endormit et vit en songe Blondine dans le palais de Bonne-Biche et de Beau-Minon. Bonne-Biche lui donna l'assurance que Blondine lui serait rendue un jour et que son enfance serait calme et heureuse.
La glace se ternit ensuite; tout disparut. Puis elle redevint claire, et Blondine vit de nouveau son père, il était vieilli, ses cheveux avaient blanchi, il était triste; il tenait à la main un petit portrait de Blondine, et le baisait souvent en répandant quelques larmes. Il était seul; Blondine ne vit ni la reine ni Brunette.
La pauvre Blondine pleura amèrement.
«Pourquoi, dit-elle, mon père n'a-t-il personne près de lui? Où sont donc ma soeur Brunette et la reine?
—La reine témoigna si peu de chagrin de votre mort (car on vous croit morte, chère Blondine), que le roi la prit en horreur et la renvoya au roi Turbulent son père, qui la fit enfermer dans une tour, où elle ne tarda pas à mourir de rage et d'ennui. Quant à votre soeur Brunette, elle devint si méchante, si insupportable, que le roi se dépêcha de la donner en mariage l'année dernière au prince Violent, qui se chargea de réformer le caractère méchant et envieux de la princesse Brunette. Il la maltraite rudement; elle commence à voir que sa méchanceté ne lui donne pas le bonheur, et elle devient un peu meilleure. Vous la reverrez un jour, et vous achèverez de la corriger par votre exemple.»
Blondine remercia tendrement Bonne-Biche de ces détails; elle eût bien voulu lui demander: «Quand reverrai-je mon père et ma soeur?» Mais elle eut peur d'avoir l'air pressée de la quitter et de paraître ingrate; elle attendit donc une autre occasion pour faire cette demande.
Les journées de Blondine se passaient sans ennui parce qu'elle s'occupait beaucoup, mais elle s'attristait quelquefois; elle ne pouvait causer qu'avec Bonne-Biche, et Bonne-Biche n'était avec elle qu'aux heures des leçons et des repas. Beau-Minon ne pouvait répondre et se faire comprendre que par des signes. Les gazelles servaient Blondine avec zèle et intelligence, mais aucune d'elles ne pouvait parler.
Blondine se promenait accompagnée toujours de Beau-Minon, qui lui indiquait les plus jolies promenades, les plus belles fleurs. Bonne-Biche avait fait promettre à Blondine que jamais elle ne franchirait l'enceinte du parc et qu'elle n'irait jamais dans la forêt. Plusieurs fois Blondine avait demandé à Bonne-Biche la cause de cette défense. Bonne-Biche avait toujours répondu en soupirant: