«Ah! Blondine, ne demandez pas à pénétrer dans la forêt; c'est une forêt de malheur. Puissiez-vous ne jamais y entrer!»
Quelquefois Blondine montait dans un pavillon qui était sur une éminence au bord de la forêt; elle voyait des arbres magnifiques, des fleurs charmantes, des milliers d'oiseaux qui chantaient et voltigeaient comme pour l'appeler. «Pourquoi, se disait-elle, Bonne-Biche ne veut-elle pas me laisser promener dans cette belle forêt? Quel danger puis-je y courir sous sa protection?»
Toutes les fois qu'elle réfléchissait ainsi, Beau-Minon, qui paraissait comprendre ce qui se passait en elle, miaulait, la tirait par sa robe et la forçait à quitter le pavillon.
Blondine souriait, suivait Beau-Minon et reprenait sa promenade dans le parc solitaire.
VII
LE PERROQUET
Il y avait près de six mois que Blondine s'était réveillée de son sommeil de sept années; le temps lui semblait long; le souvenir de son père lui revenait souvent et l'attristait. Bonne-Biche et Beau-Minon semblaient deviner ses pensées. Beau-Minon miaulait plaintivement, Bonne-Biche soupirait profondément. Blondine parlait rarement de ce qui occupait si souvent son esprit, parce qu'elle craignait d'offenser Bonne-Biche, qui lui avait répondu trois ou quatre fois: «Vous reverrez votre père, Blondine, quand vous aurez quinze ans, si vous continuez à être sage; mais, croyez-moi, ne vous occupez pas de l'avenir, et surtout ne cherchez pas à nous quitter.»
Un matin, Blondine était triste et seule; elle réfléchissait à sa singulière et monotone existence. Elle fut distraite de sa rêverie par trois petits coups frappés doucement à sa fenêtre. Levant la tête, elle aperçut un Perroquet du plus beau vert, avec la gorge et la poitrine orange. Surprise de l'apparition d'un être inconnu et nouveau, elle alla ouvrir sa fenêtre et fit entrer le Perroquet. Quel ne fut pas son étonnement quand l'oiseau lui dit d'une petite voix aigrelette:
«Bonjour, Blondine: je sais que vous vous ennuyez quelquefois, faute de trouver à qui parler, et je viens causer avec vous. Mais, de grâce, ne dites pas que vous m'avez vu, car Bonne-Biche me tordrait le cou.
—Et pourquoi cela, beau Perroquet? Bonne-Biche ne fait de mal à personne: elle ne hait que les méchants.