Le prince Violent, son mari, devint plus doux à mesure que Brunette devenait meilleure, et ils furent assez heureux.

Quant à Blondine, elle n'eut jamais un instant de chagrin; elle donna le jour à des filles qui lui ressemblèrent, à des fils qui ressemblèrent au prince Parfait. Tout le monde les aimait, et autour d'eux tout le monde fut heureux.

LE
BON PETIT HENRI

I

LA PAUVRE MÈRE MALADE

Il y avait une fois une pauvre femme qui était veuve et qui vivait seule avec son petit Henri; elle l'aimait tendrement, et elle avait bien raison de l'aimer, car jamais on n'avait vu un plus charmant enfant. Quoiqu'il n'eût encore que sept ans, il faisait tout le ménage pendant que la pauvre maman travaillait pour aller ensuite vendre son ouvrage et faire vivre son petit Henri et elle-même. Il balayait, il lavait le plancher, il faisait la cuisine, il bêchait et cultivait le jardin, et, quand son ouvrage était fini, il se mettait à raccommoder ses habits, les souliers de sa maman, ou bien à faire des bancs, des tables et tout ce qu'il avait la force de fabriquer. La maison où ils vivaient était à eux; elle était isolée; en face de leur fenêtre était une haute montagne si haute que personne n'avait jamais pu monter jusqu'au sommet; d'ailleurs elle était entourée d'un torrent, de murs élevés et de précipices infranchissables.

Ils étaient heureux et contents; mais un jour la pauvre maman tomba malade. Elle ne connaissait pas de médecin; d'ailleurs elle n'aurait pas eu d'argent pour le payer. Le pauvre Henri ne savait ce qu'il fallait faire pour la guérir; quand elle avait soif, il lui faisait boire de l'eau, car il n'avait pas autre chose à lui donner; il restait nuit et jour près d'elle; il mangeait à peine un morceau de pain sec au pied de son lit et, quand elle dormait, il la regardait et pleurait. La maladie augmenta de jour en jour, et enfin la pauvre femme fut tout à fait mourante; elle ne pouvait ni parler ni même avaler quoi que ce fût; elle ne reconnaissait plus son petit Henri, qui sanglotait à genoux près de son lit. Dans son désespoir, il s'écria:

«Fée Bienfaisante, venez à mon secours, sauvez ma pauvre maman!»