Elle leva les yeux et vit devant elle le roi et la reine, qui la regardaient avec une surprise comique.
«Madame, lui dit enfin le roi, veuillez me dire quel est votre nom. Vous êtes sans doute une grande reine ou une grande fée, dont la présence inattendue est pour nous un honneur et un bonheur.
—Sire, dit Rosette en mettant un genou en terre, je ne suis ni une fée, ni une grande reine, mais votre fille Rosette, que vous avez bien voulu faire venir chez vous.
—Rosette! s'écria la reine; Rosette vêtue plus richement que je ne l'ai jamais été! Et qui donc, Mademoiselle, vous a donné toutes ces belles choses?
—C'est ma marraine, Madame.» Et elle ajouta: «Permettez-moi, Madame, de vous baiser la main, et faites-moi connaître mes soeurs.»
La reine lui présenta sèchement sa main.
«Voilà les princesses vos soeurs», dit-elle en lui montrant Orangine et Roussette qui étaient à ses côtés.
La pauvre Rosette, attristée par l'accueil froid de son père et de sa mère, se retourna vers ses soeurs et voulut les embrasser; mais elles se reculèrent avec effroi, de crainte que Rosette, en les embrassant, n'enlevât le blanc et le rouge dont elles étaient fardées. Orangine mettait du blanc pour cacher la couleur un peu jaune de sa peau, et Roussette pour couvrir ses taches de rousseur.
Rosette, repoussée par ses soeurs, ne tarda pas à être entourée de toutes les dames et de tous les princes invités. Comme elle causait avec grâce et bonté et qu'elle parlait diverses langues, elle charma tous ceux qui l'approchaient. Orangine et Roussette étaient d'une jalousie affreuse. Le roi et la reine étaient furieux, car Rosette absorbait toute l'attention; personne ne s'occupait de ses soeurs. A table, le jeune roi Charmant, qui avait le plus beau et le plus grand de tous les royaumes, et qu'Orangine espérait épouser, se plaça à côté de Rosette et fut occupé d'elle pendant tout le repas. Après le dîner, pour forcer les regards de se tourner vers elles, Orangine et Roussette proposèrent de chanter; elles chantaient très bien et s'accompagnaient de la harpe.
Rosette, qui était bonne et qui désirait que ses soeurs l'aimassent, applaudit tant qu'elle put le chant de ses soeurs et vanta leur talent. Orangine, au lieu d'être touchée de ce généreux sentiment, espéra jouer un mauvais tour à Rosette en l'engageant à chanter à son tour. Rosette s'en défendit modestement; ses soeurs, qui pensèrent qu'elle ne savait pas chanter, insistèrent vivement; la reine elle-même, désirant humilier la pauvre Rosette, se joignit à Orangine et à Roussette et lui ordonna de chanter. Rosette fit un salut à la reine. «J'obéis», dit-elle. Elle prit la harpe; la grâce de son maintien étonna ses soeurs. Quand elle commença à préluder sur la harpe, elles auraient bien voulu l'arrêter, car elles virent que le talent de Rosette était bien supérieur au leur. Mais quand elle chanta de sa voix belle et mélodieuse une romance composée par elle sur le bonheur d'être bonne et d'être aimée de sa famille, il y eut un tel frémissement d'admiration, un enthousiasme si général, que ses soeurs faillirent s'évanouir de dépit. Le roi Charmant semblait transporté d'admiration. Il s'approcha de Rosette, les yeux mouillés de larmes, et lui dit: