«Charmante et aimable princesse, jamais une voix plus douce n'a frappé mes oreilles; je serais heureux de vous entendre encore.»

Rosette, qui s'était aperçue de la jalousie de ses soeurs, s'excusa en disant qu'elle était fatiguée, mais le roi Charmant, qui avait de l'esprit et de la pénétration, devina le vrai motif du refus de Rosette et l'en admira davantage.

La reine, irritée des succès de Rosette, termina de bonne heure la soirée; chacun rentra chez soi.

Rosette se déshabilla; elle ôta sa robe et le reste de sa parure, et mit le tout dans une magnifique caisse en ébène, qui se trouva dans sa chambre sans qu'elle sût comment; elle retrouva dans sa caisse de bois la robe en torchon, l'aile de poule, les noisettes, les nèfles, les haricots, les chaussons et les bas bleus; elle ne s'en inquiéta plus, certaine que sa marraine viendrait à son secours. Elle s'attrista un peu de la froideur de ses parents, de la jalousie de ses soeurs; mais comme elle les connaissait bien peu, cette impression pénible fut effacée par le souvenir du roi Charmant, qui paraissait si bon et qui avait été si aimable pour elle: elle s'endormit promptement, et s'éveilla tard le lendemain.

III

CONSEIL DE FAMILLE

Pendant que Rosette n'était occupée que de pensées riantes et bienveillantes, le roi, la reine et les princesses Orangine et Roussette étouffaient de colère; ils s'étaient réunis tous quatre chez la reine.

«C'est affreux, disaient les princesses, d'avoir fait venir cette odieuse Rosette, qui a des parures éblouissantes, qui se fait regarder et admirer par tous les nigauds de rois et de princes. Est-ce donc pour nous humilier, mon père, que vous l'avez appelée?

—Je vous jure, mes belles, répondit le roi, que c'est par ordre de la fée Puissante que je lui ai écrit de venir; d'ailleurs j'ignorais qu'elle fût si belle et que....