«Jugez de ma douleur, prince, quand je dus quitter mon père pour me soustraire aux flammes que la méchante fée avait allumées, quand, repoussée de partout à cause de la Souris grise, je me trouvai exposée à mourir de froid et de faim! Mais bientôt un sommeil lourd et plein de rêves s'empara de moi; j'ignore comment je suis ici et si c'est chez vous que je me trouve.»
Gracieux lui raconta comment il l'avait trouvée endormie dans la forêt, les paroles de son rêve qu'il avait entendues, et il ajouta:
«Ce que votre père ne vous a pas dit, Rosalie, c'est que la reine des fées, notre parente, avait décidé que vous seriez ma femme lorsque vous auriez quinze ans; c'est elle sans doute qui m'a inspiré le désir d'aller chasser aux flambeaux, afin que je pusse vous trouver dans cette forêt où vous étiez perdue. Puisque vous aurez quinze ans dans peu de jours, Rosalie, daignez considérer mon palais comme le vôtre; veuillez d'avance y commander en reine. Bientôt votre père vous sera rendu, et nous pourrons aller faire célébrer notre mariage.»
Rosalie remercia vivement son jeune et beau cousin; elle passa dans sa chambre de toilette, où elle trouva des femmes qui l'attendaient avec un grand choix de robes et de coiffures. Rosalie, qui ne s'était jamais occupée de sa toilette, mit la première robe qu'on lui présenta, qui était en gaze rose garnie de dentelles, et une coiffure en dentelles avec des roses moussues; ses beaux cheveux châtains furent relevés en tresse formant une couronne. Quand elle fut prête, le prince vint la chercher pour la mener déjeuner.
Rosalie mangea comme une personne qui n'a pas dîné la veille; après le repas, le prince la mena dans le jardin; il lui fit voir les serres, qui étaient magnifiques; au bout d'une des serres, il y avait une petite rotonde garnie de fleurs choisies; au milieu était une caisse qui semblait contenir un arbre, mais une toile cousue l'enveloppait entièrement; on voyait seulement à travers la toile quelques points briller d'un éclat extraordinaire.
IV
L'ARBRE DE LA ROTONDE
Rosalie admira beaucoup toutes les fleurs; elle croyait que le prince allait soulever ou déchirer la toile de cet arbre mystérieux, mais il se disposa à quitter la serre sans en avoir parlé à Rosalie.
«Qu'est-ce donc que cet arbre si bien enveloppé, prince? demanda Rosalie.
—Ceci est le cadeau de noces que je vous destine; mais vous ne devez pas le voir avant vos quinze ans, dit le prince gaiement.